Le blog de Jérome COLLIGNON

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1998/08/21-22-23 : 11ème ICCCR à Chevetogne

Déjà 20 ans !

Trois ans après le mémorable ICCCR de Clermont-Ferrand, la 11ème édition s'annonçait sous les meilleurs auspices. Le monde Citroën se réjouissait d'aller fêter sa marque préférée en Belgique, pays ami.

 

Un an avant, le 24 août 1997, je décidai de me rendre à la réunion préparatoire de Drogenbos (B). Je ne faisais pas partie des organisateurs mais informé de l'avancement des préparatifs, je décidai de reconnaitre le site de Chevetogne début 1998. M'apercevant que le plan fourni par le parc n'était pas suffisamment précis, j'entrepris un relevé complet des allées que désireux d'aider, je proposai au CBAC club organisateur. Il me fut répondu que tout était prévu et que je ne devais pas me déranger. Je jetais donc mon dessin. 

 

Puisque ma ville était lieu de passage vers la Belgique, j'envoyai un courrier à toutes les sections de la Traction Universelle (internet était quasi inexistant) leur disant à peu près : "vous allez passer par ici, pourquoi ne pas nous retrouver le vendredi 21 août au matin et prendre la route ensemble dans un cortège impressionnant ?". J'y joignais un plan détaillé, suffisamment à l'avance pour qu'elles puissent communiquer lors de leurs réunions. Pour que l'événement et notre section régionale soient connus, je convoquais (sans grand espoir toutefois) la presse locale.

 

Vendredi 21, 08h00. Alors que la semaine a été ensoleillée, il fait gris et froid. Vers 07h00, avant de sortir ma Citroën 11AL 1934 chargée de la veille dont c'est le premier ICCCR avec moi au volant, je flèche le parcours de sortie de ville au moyen de panneaux artisanaux recopiés sur un authentique panneau Citroën aimablement donné par la concession locale. De partout les Tractions arrivent et se groupent sur le parking du supermarché : 42 équipages ! Heureux, émerveillé même, je passe d'une voiture à l'autre pour prendre des nouvelles des uns et des autres. Contre toute attente, la presse est là. Les flashs crépitent et je suis interviewé sur Citroën et la Traction. Que va donner le compte-rendu ? Je n'ai plus le temps d'angoisser, il est l'heure de partir.

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Un compte rendu fidèle à la réalité

 

Première déconvenue : avant les heures d'ouvertures administratives, les villes traversées se sont débrouillées pour ôter le fléchage. Heureusement j'ai distribué un road-book qui reprend les règles essentielles d'un convoi (apprises d'expérience) : ne pas se coller, surveiller la voiture derrière soi. Si la dernière voiture s'arrête, c'est tout le convoi qui stoppe. Deuxième déconvenue : une pluie froide s'abat en bourrasques sur nos parebrises.

 

Sous pression d'être le premier avec une auto de 1934, devant les 11CV et surtout les 15/6, je fonce. Jean-Michel avec sa 7C 1935 à couple conique 8x31 me double puis revient se placer. Je me souviens qu'à l'approche des Ardennes belges à 100km/h, ça cogne dur sous le capot. Une halte à mi-parcours s'impose. Fin de matinée, nous arrivons. Les incohérences commencent à ce moment-là, faisant de Chevetogne un souvenir mitigé voire décevant.

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D'abord un geste de mépris d'un piéton en voyant un jeune trentenaire au volant d'une si belle Traction verte. Je suis alors photographié par Jeroen Cats (cf. ici, cliquez sur Traction/11AL). Ensuite l'attente interminable à l'entrée. De mémoire, arrivés peu avant midi nous n'entrons que vers 13h. Nous avons payé, sommes badgés : pourquoi l'entrée n'est-elle pas fluide ? Que faire : couper le moteur au risque de ne pas redémarrer et créer un bouchon ? Laisser tourner et faire bouillir l'eau du radiateur ? Ce manque d'attention pour les véhicules anciens est agaçant. Nous comprenons vite. Il n'y a qu'une entrée. L'accueil est soigné, sans hâte on nous indique où aller chercher notre sac de bienvenue. On nous remet le plan peu pratique de Chevetogne, donc rien n'a été fait de ce côté. C'est un accueil inadapté aux 4000 véhicules qui convergent via trois routes. J'ai rappelé cette évidence : 1 minute par voiture équivaut à 66 heures d'accueil ininterrompu soit 2 jours et demi ! 10 petites secondes font encore 11 heures d'accueil. Et n'imaginons même pas une panne devant l'unique accès...

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Le fléchage n'est pas simple : les panneaux, originaux, reprennent les silhouettes des voitures mais indiquent quoi ? Un parking, une sortie ? La valse hésitation finit en mélange : les voitures se garent par clubs et non par type rendant l'accumulation moins spectaculaire. Les parkings tapissés de graviers semblent inachevés. Les démarrages doivent se faire en douceur pour éviter les projections sur les carrosseries. DS et SM sont stationnées dans l'herbe grasse. La pluie tombe froide entre de rares éclaircies. L'eau rentre par les caoutchoucs de parebrise, j'écope les 2 ou 3 centimètres qui imbibent la moquette. Heureusement les véhicules exposés sont aussi rares que magnifiques. Je multiplie les rencontres et les photos en argentique.

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Série de faux-cabriolet dont le 3ème a été hélas massacré par un professionnel.

 

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7A n°97 la plus ancienne connue et 7C 1935

 

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Deux 7C 1935, l'une d'origine, l'autre curieuse car d'avant 04/35, amortisseurs Bogé mais avec coffre ouvrant...

 

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Série de 11A 1934 avec leurs particularités : sellerie velours, train à écrou, filtre dans la coque, moulure de capot.

 

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Cette 11A suisse figurera dans le Guide Traction

 

Pour consommer sur le site, il faut convertir sa monnaie en coupons "Citro-euro" selon un taux de change entre Deutsch Mark, BEF, Franc. L'euro n'existe pas encore (arrivera en 2002) même si l'Europe a stabilisé le cours des monnaies. L'idée semble bonne. Je convertis une somme raisonnable (de l'ordre de 50 francs). Trempés, collés et suants, nous parcourons le site. Le camping est rempli de Citroën anciennes qui ne semblent pas faire partie du spectacle. Du coup, je visite le camping. Le musée est très bien achalandé et passionnant. Certains véhicules exposés en extérieur mériteraient d'y figurer.

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Dos à dos, 7A 1934 n°2878 et Xanae 1994 du Patrimoine. A droite panneau explicatif sur le Citroën Yser de Bruxelles. Manque (de mémoire) la TTT exposée.

 

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Dehors des pièces rares : Citroën TUB, coupé 11B, fourgonnette Traction

 

Le soir, nous avons la chance de coucher au sec chez le frère de Patrice notre ami tractionniste. Sa nièce de 18 ans nous accueille. Je songe aux malheureux campeurs qui devront patauger dans la boue... La soirée se termine tard dans la rigolade.

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Tractions à la fraîche

 

Samedi 22 : pendant que la radio serine le tube de l'été "Music sounds better with you" de Stardust, la nièce parade, vêtue d'une nuisette violette affolant les tractionnistes. Mais la 7C de Patrice qui ne daigne pas démarrer, accapare notre énergie. Nous nous servons d'une descente pour une "poussette". Peine perdue. Ensuite il faut remonter la pente : que c'est lourd une "4 bourricots". L'effet "nuisette" aura un peu aidé. Fin du voyage pour la 7. Diagnostic ultérieur : remplacement des soupapes et culbuteurs.

 

Arrivés très tôt, peu d'attente aux entrées. La 11AL qui aura dormi deux fois en extérieur cette année-là (avec le Défilé sur les Champs-Elysées) a parfaitement démarré. Je tente d'accéder à la bourse de pièces détachées sous chapiteau qui est située à l'autre bout du site. Sous ce temps exécrable, les navettes sont bondées. Comme je connais déjà le (long) chemin, je me lance dans 45 minutes de marche. De nombreux marcheurs qui prévoyaient du beau temps sont mouillés de la tête au pied, harassés, grognons. Spontanément des collectionneurs les prennent en stop. Un moment d'hilarité lorsque vient le tour d'un passionné en Méhari décapotée remplie d'eau. Je fais le tour des marchands qui sont catastrophés par leur éloignement. Moral et chiffre d'affaires sont au plus bas. Je n'achète rien.

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Mme Michelin revenue d'Amérique. Le plus impressionnant, la voir si accessible. Personne n'osait la toucher.

 

Revenir à pied ? Décidément trop loin. Prendre une navette aux vitres embuées ? Toutes sont remplies à ras-bord de collectionneurs en sueur, de pièces détachées (lames de pare-chocs), de poussettes empilées. Pire qu'une heure de pointe du métro. Certains en rient, beaucoup sont mécontents. Je parviens à monter dans la 3ème navette. Je suis compressé. Nous croisons de courageux piétons qui portent sur leur dos une aile de DS ou une porte de Traction. Soudain une femme enceinte à pied. Un mouvement d'indignation parcourt le bus qui finit par s'arrêter pour elle. Les portes avant sont quasi impossibles à ouvrir et personne ne cédant sa place chèrement gagnée, la pauvre dame abandonne la lutte et reprend sa marche. Comme d'autres, désolé, je descends à mi-parcours. Le dimanche, l'organisateur sera obligé à grands frais de rajouter des navettes.

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Une très belle présentation en tenue d'époque + sourires. La casquette est visible ici

 

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Le concours d'élégance organisé face au restaurant Le Héron (de mémoire) bloque le passage des navettes qui restent en attente, générant un surcroit d'énervement. Nous nous concertons : point trop n'en faut, nous repartirons dimanche matin. Avant de quitter Chevetogne, je reviens au guichet échanger mes coupons Citroën contre des francs. Pas de remboursement, il faut tout dépenser ! C'est le bouquet... Fataliste, j'achète une grosse barquette de frites. Elles sont très bonnes mais la majorité finira à la poubelle avec les coupons non dépensés. C'est la première fois de ma vie que je jette de l'argent. J'aurais dû en garder un : qui sait avec l'inflation... Le retour se fera sous un ciel plus clément. Ma 11AL apparaissant en photo dans le LVA suivant, je décide de leur envoyer un courrier.

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Citroën 11AL dans LVA du 03/09/98

 

C'est à partir de Chevetogne, moi qui organise un grand salon chaque année*, que mon caractère se modifie, d'aucuns diront s'altère. Avec notre niveau d'intelligence, de technologie et surtout de passion pour la Marque, je me suis dit que ce n'était pas tenable. Pas pour Citroën qui a mis son nom sur la Tour Eiffel, lancé ses autochenilles en Afrique et en Chine, fait reconstruire Javel en 6 mois, servir 6333 couverts en un temps record. Mon courrier fait la promotion de ce que j'ai appelé l'Esprit Citroën. J'ai espéré** revoir un jour une organisation selon cet Esprit qui prend soin de ses invités, les guide, les éblouit par des réalisations grandioses en ne sacrifiant rien au hasard, laissant un souvenir impérissable et la fierté de dire "j'y étais". Je ne critique ni le site, ni les bénévoles dévoués. La pluie devait rester anecdotique. Mais pourquoi venir en ancienne faire le spectacle et subir une organisation qui ne prend pas en compte ce qui devrait être central, c'est-à-dire le collectionneur, sa voiture, notre passion commune ? Par comparaison avec autrefois, m'apparait la définition de la manifestation idéale (cliquez). Bien sûr, cet écrit témoigne d'un changement de génération qui désire un peu plus que des kermesses sur l'herbe façon "Woodstock", sorte de "parc à collectionneur" où l'invité doit se débrouiller au milieu de contraintes mal anticipées, où l'organisateur improvise, fait souffrir ses bénévoles qui courent en tous sens vers des tâches ingrates et réussit à clôturer sur une banqueroute (parfois est obligé de vendre son patrimoine) !

 

Publié tronqué, mon courrier n'est évidemment guère apprécié. Généralisation et amalgame s'enchainent : c'est honteux, il attaque les belges, etc. A ma rigueur (qui, motivée par le bon sens***, n'est pas si grande), on oppose l'affect : on a fait au mieux, selon notre coeur, nous voulions que les visiteurs traversent le site. Que répondre sauf se sentir coupable d'être si exigeant, de rechercher autant la perfection pour plus d'émerveillement ? Motivation et fonds semblent manquer car chaque ICCCR est un éternel recommencement d'erreurs identiques. Point de vue de l'organisateur et du participant sont, semble t-il, irréconciliables à jamais…

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Plan de l'entrée de Chevetogne avec ses trois accès

 

A la question que j'imagine : "vous si enclin à critiquer*, que fallait-il faire en 1998 ?", je répondrais qu'il fallait :

- prévoir plusieurs entrées ou plusieurs voies. Les lieux le permettaient, tout le monde entrait, personne ne sortait

- prévoir un contrôle visuel rapide de badges envoyés à l'avance

- fournir le plan (que j'avais prévu) par courrier avec les points de rencontre

- supprimer l'accueil verbal : fluidité, espace, pas d'attente

- prévoir une voie annexe pour stopper ceux qui n'avaient pas réservé

- décaler le gala (éventuellement le musée) au fond du parc et mettre les marchands proches de l'entrée

- mettre les navettes à disposition seulement le soir = moindre coût

- meilleur chiffre d'affaires pour les marchands : ne pas trop éloigner le portefeuille du coffre

- opter pour un fléchage lisible et non décoratif

- obliger les anciennes à quitter le camping

- classer les véhicules par type pour une plus belle manifestation****

 

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Voilà un numéro qui m'allait pourtant bien !

 

J'ai pris la décision de ne plus faire d'ICCCR en ancienne. Mieux vaut venir en moderne ou en camionnette pour charger des pièces détachées.

2002 : je me renseigne pour me rendre à Boston en ancienne mais c'est trop coûteux pour deux jours, je renonce.

2004 : je ne vais pas à Interlaken, j'aurais opté pour le camping et il semble que la pluie ait encore vaincu l'organisateur.

2008 : aller et retour à Rome en Citroën C5 (3000km en tout), ICCCR très bien organisé, excellent souvenir

2012 : je projetais un séjour en Angleterre (Harrogate) vers l'Ecosse mais j'ai renoncé faute de temps

2016 : 16ème ICCCR fait en Citroën C3 et décrit ici.

 

Pour moi, Chevetogne reste un choc. Depuis 20 ans, j'attends le prochain ICCCR belge. La fréquentation des ICCCR baissera de façon continue (700 en 2002, 3600 véhicules en 2004 puis 2500 en 2012, idem en 2016), les rencontres de 2CV prenant le relai du gigantisme (avec les mêmes critiques).

 

Cordialement

 

* pour rappel, j'ai été organisateur de 1994 à 2000.

** las des regards courroucés qui refusent toute remise en question, je n'espère plus. Qu'on soit donc rassuré !

*** organiser et empêcher les visiteurs d'entrer faute d'organisation est un non sens

**** notons que c'est encore une demande des collectionneurs en 2016. Curieux, n'est-ce pas...



11/07/2018
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