Le blog de Jérome COLLIGNON

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Panhard Dynamic : mon ex. voiture

Afin de maintenir cet article en ligne (et vos commentaires) j'en ai fait la suite des deux articles précédents.

 

Panhard Dynamic : moderne ou contemporaine ?

 

Panhard Dynamic : évolution et recensement

 

 

3) Les documents Panhard :

Vous trouverez ci-dessous 3 des 4 documents édités par l'usine + un tarif (sur une dizaine édités). A droite, les deux notices d'entretien connues. Et voilà tout ce dont disposent les collectionneurs pour restaurer leurs véhicules, autant dire pas grand-chose... Lors d'une panne en 1937, deux solutions : faire expédier la pièce neuve par l'usine ou faire rapatrier la voiture.

 
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Les publicités sont au nombre de 4 toutes dessinées par Alexis Kow (1901 - 1978) :

mai 1936 (voir entête Partie I ou ci-dessus "Panhard vous présente") / mars 1937 / mai 1937 / mai 1938

 

ArchPub1937-1Mars 1937
ArchPub1937-2Mai 1937
ArchPub1938Mai 1938

 

En juillet 1950, les Dynamic d'occasion valaient la moitié d'une Dyna X neuve.

 

19500712Intransigeant_coteDPL

 

 

4) D'autres archives sur la Dynamic :

Elle sera adoptée par quelques stars dont l'acteur Victor Boucher très connu à l'époque, qui n'hésite pas à en faire la promotion. C'était un homme fin et d'une grande élégance.

 

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ArchiveDynamic et Victor Boucher
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- Allô, mademoiselle, voulez-vous me passer GOB 65-60, je vous prie ?

- (quelques minutes plus tard) voilà, Monsieur Boucher, votre correspondant est en ligne.

- Merci. Les usines Panhard ? Bonjour Monsieur, Victor Boucher à l'appareil. Voulez-vous informer votre directeur de la satisfaction que j'éprouve quotidiennement dans la conduite de votre nouvelle Dynamic ? Sa tenue de route, son confort et ses lignes splendides m'enchantent. Ma prochaine voiture sera sans nul doute une Panhard. Bonsoir !

 

L'acteur (évidemment oublié) en savant entremetteur : ici

 

**************

 

Trois photos :

La première aimablement envoyée par mon ami Jean-Michel (post 1937)

Les deux autres extraites de films d'époque dans Paris : génial, non ?

Notez à droite la fixation pour deux roues de secours jumelées.

 

ArchPJ2M
ArchPJ3
ArchPJAlbertCamus

 

 

5) Parutions et apparitions :

Outre son évocation parfois rapide dans les ouvrages (sauf pour les auteurs récents), divers supports l'ont mise en valeur. Les voici, à ma connaissance tous :

 

Les revues :

L'album du Fanatique de l'Automobile (Fanauto) n°32 de janvier 1971

Oldtimer Markt (DE) d'octobre 1981

La Vie de l'Auto n°86/18 du 1er mai 1986

Auto-Rétro n°119 de juillet 1990

Rétroviseur n°65 de janvier 1994

Oldtimer Markt (DE) de juillet 1994

Automobilia n°7 de novembre 1996

Rétro Hebdo n°25 du 28 août 1997

Automobilia n°61 de mars avril 2003

Rétroviseur n°214 de juillet-août 2006

Gazoline n°127 d'octobre 2006

L'Automobile Magazine n°851S de mars 2017

Vintage Roadcar de Janvier 2018

Rétroviseur n°365 d'Avril 2020

 

 

RevueRetroHebdo
RevueRetroviseur

 

Le film "Borsalino and Co" sorti en 1974.

Cette voiture, une des premières X76 (avec vitres basses) est restée à l'abandon de nombreuses années sur un parking de gare. La production du film ne voulait pas payer son rapatriement. Des photos existent de son état stationnaire dégradé. Elle est actuellement entre les mains d'un collectionneur (je l'ai vue !) et sera restaurée.

 

aBorsalino

 

Borsalino1Chassé de Marseille, le gang exilé
Borsalino2d'Alain Delon, fait son retour en force
Borsalino3après quelques années, prêt à se venger

 

Borsalino4L'attaque du gang concurrent. Le logo
Borsalino5de la Dynamic a percuté la barrière
Borsalino6Les autos indemnes. Delon est à droite.

 

 

Le film "La Rumba" sorti le 18 février 1987. Un modèle 1937-1938 joue la vedette dans le film de Roger Hanin. A noter que Lino Ventura fait là sa dernière apparition au cinéma.

Film La Rumba

 

 

6) Maquettes ou miniatures

Ayant passé l'âge, je ne collectionne pas les jouets. Pour autant je n'ai pu résister à cette très belle maquette au 1/18ème de marque BOS "Best of Show", une taille suffisamment grande pour distinguer les éléments décoratifs.

 

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7) Pourquoi je suis passionné par cette voiture* :

- parce qu'elle est l'antithèse de la Traction tout en s'inspirant d'elle, un peu comme un hommage personnel.

- parce qu'avec ses motifs art déco, héritage des années 1920-25, elle sort en décalage avec son époque tournée vers la simplification voire le dépouillement, comme un objet moderne paré d'un style ancien. Elle sera l'avant dernière, la dernière étant la Supertraction Rosengart sortie au salon d'octobre 1938.

- parce que je suis un passionné d'art déco, de beauté et de courbes non agressives

- parce qu'elle me parait plus originale que toutes les voitures produites entre les deux guerres**

- parce qu'elle concentre sur elle la flamboyance des grands carrossiers d'usine

- pour son concentré de technologies d'époque

- pour sa rareté sur la route (une quarantaine de survivantes pour propriétaires privilégiés ou musées)

- parce qu'elle est un patrimoine industriel majeur de l'histoire de l'Automobile française

 

2590 exemplaires de Dynamic furent produits entre mai 1936 et 1948 (à comparer avec presque 30.000 exemplaires de Chrysler Airflow). Ordinairement on compte 5% de survivantes ce qui devrait nous faire 130 voitures restantes. En raison de ferraillages nombreux dans les années 50 et 60 au moment de l'utilisation d'américaines - ces grosses françaises de luxe au moteur sans soupapes coûteux à entretenir n'intéressent plus personne - il semble que ce pourcentage soit plus faible et qu'il ne reste qu'une quarantaine de rescapées au monde (j'en compte 38 pour ma part mais certaines restent encore dans des collections privées). Si vous en avez une, signalez-vous : je peux ou pas diffuser cette information !

 

 

8) Causerie sur la Dynamic :

Style :

La ligne est réussie avec sa succession d'arabesques, ses détails quasi organiques (poignées de portes) et Art Déco. Ce décoratif est très surprenant au moment où la crise qui survient en France en 1933 – 1934 (décalage du crash de 1929) marque l'arrêt de toutes les réalisations luxueuses. A l'apogée de 1925 à 1930, l'Art Déco accuse alors un net recul au profit du néo-classicisme. Là où les lignes se simplifient, s'épurent, les chantournements disparaissent, la production s'industrialise pour se vendre moins cher, sans même parler de l'impact du Front Populaire le style de la Dynamic tente un come-back, à mon avis raté pour l'époque mais à l'exubérance précieuse pour 2020. Mis à part Automobiles Voisin, rares sont les marques à avoir poussé aussi loin le décoratif externe et interne.

Ce décor disparaitra peu à peu dès le salon 1937. L'Illustration dans son numéro du salon suivant s'y laissera prendre, déclarant que Panhard a supprimé les évents sur son modèle phare. Or les flammes de capot ne sont que décoratives, le capot n'est pas percé.

Il faut admettre que les lignes élancées ne peuvent rivaliser avec les courbes (au contraire de la Traction Citroën). Arrondis de capot, de calandre, ailes ventrues, coque (portières) et pavillon galbés sur le côté (vitres panoramiques), sur le dessus, aspect bossu du coffre s'imposent donnant malgré l'aspect rondouillard une impression de solidité. On dirait une motte de beurre laissée au soleil puis soumise au vent de la course. Je pardonne le manque de finesse - que l'arrière en pointe ne rattrape pas - car je comprends cette synthèse : elle met en valeur le styliste et l'ouvrier réunis. Mais elle éloigne. Fascinante, elle impose au monde d'aller vers elle alors que machine sage produite en série, la Traction est faite pour aller vers le monde.

 

Emboutissage

Je reste admiratif, amoureux, de ce travail de tôlerie, ces rondeurs, ces galbes dans toutes les dimensions, les portières courbées, les vitres cintrées, les charnières masquées donnant un aspect lisse, la finesse de certaines pièces (grilles de phares et de capot). De nombreuses pièces sont assemblées par des écrous de 8. Je comprends pourquoi Panhard employait des travailleurs chinois à la méticulosité légendaire. L'assemblage est soigné et plus de 80 ans après, certains démontages acier contre zamak restent faciles*. Un montage me semble mal fini, voire indigne, relevant plus de la conception inachevée que de la finition : sous capot la jonction entre auvent et jambonneau générant un recoin de tôle.

 

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Ajoutons deux choix de conception qui se révèlent fatigants à l'usage :

  • le pavillon surbaissé donnant à la voiture une ceinture de caisse haute et une surface vitrée réduite, peut-être dans une optique d'aérodynamisme. A l'intérieur le pavillon galbé donne une bonne hauteur sous plafond mais on conduit courbé pour y voir quelque chose dans ce scaphandre !
  • une porte de coffre lourde et lointaine qui oblige à une double préhension et un chargement à bout de bras du fait du galbe allongé. Eviter de la laisser retomber sur les charnières

 

Luxe et modernité :

A mes yeux, le paradoxe de la Dynamic vient de son luxe moderne. Parce qu'elle se veut moderne, elle perd son caractère luxueux. Si je me mets à la place de l'acheteur 1937, en m'installant au volant, je suis emballé par la place à bord, la décoration intérieure mais déçu par les matériaux. La planche de bord et le garnissage supérieur des contre-portes n'est pas en bois verni : c'est une tôle peinte en trompe-l'œil, admirablement peinte certes mais qui ne peut rivaliser avec l'ébénisterie qu'on attendrait dans un tel véhicule. Notons que cela vaut mieux que certains tableaux de bord fait d'une triste planche vernie prouvant la recherche d'économies.

 

P6160194redPlanche de bord de coach Salmson S4D 1935 : elle porte bien son nom.

 

Dans la Dynamic, savoir-faire et technologie s'associent pour un résultat clinique à l'aspect ancien. Le meilleur exemple est le linoléum qui garnit l'entièreté du sol. Ce choix inouï dans une automobile, moderne par son entretien facile, sa souplesse, son hygiène bactéricide, son insonorisation, donne par son décor marbré un aspect luxueux mais sans être aussi moelleux qu'une moquette ou un tapis doublé de thibaude. Rappelons que le linoléum est une pâte faite à partir de poudre de liège et d'huile de lin, cuite et pressée en rouleau.

 

P8241915redLinoléum marbré de Dynamic 1936

 

Au final, si l'on gomme le décor marbré, mis à part les deux plafonniers de custode, l'intérieur fait dépouillé. Pas de brassières, pas de poches arrières, de portières, de custode ou derrière la banquette avant pour ranger un journal, pas de rideau, pas de filet à chapeau, pas d'accoudoirs, pas de coffret (pour petits bagages ou flacon d'alcool). Sur le tableau de bord, pas d'allume-cigare prévu et dessous pas de place pour un autoradio ou un chauffage d'appoint. A l'arrêt, on achetait donc :

  • un style de réalisation moderne (acier peint, lino) mais d'inspiration ancienne (marbrures)
  • un 6 cylindres sans soupapes de conception ancienne mais un ensemble d'équipements modernes : freins, liaisons au sol, coque acier, accessoires intégrés.

 

Sur route, on achetait un confort de suspension (très souple) et un silence de fonctionnement. Fallait-il que le style plaise et que la mécanique n'effraie pas. Sur ces deux points, on a vu hélas que non. Lire ici

 

Habitabilité :

Revenons sur la publicité Panhard vantant les 1m55 de large autorisant 3 personnes à s'asseoir de front.

 

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Si la voiture fait bien 1m55 de large, de portière à portière, les banquettes sont bien sûr plus étroites. La place est réelle pour trois personnes de front. Ce que la publicité Panhard ne précise pas : la place en longueur. La voiture fait 5.06 m de long. Le moteur n'est pas encastré dans l'habitacle, en raison notamment de la position centrale de la direction qui vient se placer derrière lui. Il a fallu rogner sur l'espace intérieur. Lorsqu'on est grand, il faut reculer la banquette au maximum pour une bonne position de conduite sous le large volant. A noter que les conducteurs des années Trente étaient plus petits (1m60). La forme descendante du pavillon, la largeur de la plage et de la banquette arrières (le corps étant bien enfoncé mais quelques centimètres en trop) concourent à un manque d'espace pour les jambes. 

 

A suivre...

 

 

9) Mon ex Dynamic :

Ma Dynamic vraisemblablement commandée au moment du salon 1937, sort de chaînes le 20 octobre 1937 et porte le numéro 200.280. Le numéro de série est fixé sur le tablier d'auvent, celui du moteur - identique - est sur le bloc. Ci-dessous, le numéro de moteur et la copie du registre de chaînes. Monsieur Pintrand son acheteur résidant à Clermont-Ferrand, commandera aussi la Dynamic n°200283.

 

 

 

   

La plaque de moteur, une copie du registre de chaînes Panhard et la notice d'entretien : panoplie complète...

 

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Quelques pièces détachées : la voiture est incomplète et sans aucune boulonnerie

 

   

La salle à manger sert de garage. Recevoir des amis ne va pas être facile.

 

La voiture est bleu amiral avec liséré ivoire sur les ailes. La sellerie est en drap de laine beige, identique en finition à celle qui est exposée au musée du Mans. Elle porte le numéro de finition 3681.

 

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Aile arrière avec liséré effacé. Intérieur du motif de contre porte avec à la craie le n°3681 de finition. Cette pièce est soutenue par une autre pièce Panhard : le bouchon-électrode en bakélite qui ferme le puit de bougie au sommet du bloc. Après polish, bleu et ivoire réapparaissent.

 

 

La flèche rouge pointe le numéro 200.280

 

Donnée par un ami (une chance !) en 2002, elle est restituée en 2007. Sa restauration aurait nécessité un budget colossal que je n'avais pas, avec de nombreuses pièces à refabriquer. Il faut savoir passer la main. Qu'est-elle devenue ? Une banque d'organe ?

 

 

Remerciements au club "Les Doyennes Panhard & Levassor" pour tous les détails d'aménagements de ces modèles. Article originel de 2012 réécrit. Merci à Eddy Namik.

 

 

Notes :

* Curieusement, je ne suis pas passionné par la famille Panhard ou même l'histoire des usines mais par Louis Bionier oui, en tant que designer artiste.

** Dans mon Panthéon, aux côtés de la Traction et de la Dynamic, je place les marques françaises Voisin et Tracta et un certain nombre de modèles ou marques étrangers : Tatra, Adler, etc.

 

© 2012 Jérome COLLIGNON



29/12/2019
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