Le blog de Jérome COLLIGNON

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Panhard Dynamic : une exubérante modernité

 

Courte histoire de la Dynamic :

A la sortie de la Traction en 1934, Paul Panhard (directeur des Etablissements Panhard et Levassor de 1915 à 1965) est admiratif. Il lui faut aussi un modèle d'avant garde qui marie savoir-faire de la marque et techniques nouvelles. Les études commencent en automne 1934.

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Paul Panhard (1881-1969)

 

Les données manquent pour savoir avec précision si Panhard s'est dotée de capacités d'emboutissage ou si les caisses étaient embouties ailleurs. Toujours est-il que le futur modèle comportera une coque en acier soudé, des barres de torsion, un circuit de freins hydrauliques. A la Traction, il manque le luxe : de l'espace et du confort. La Dynamic sera particulièrement logeable et souple. Sortie en mai 1936, elle sera produite entre 1936 et 1939 à quelques 2500 exemplaires. La série débute au numéro 200.000 (221.000 pour la X77), le moteur portant le même numéro que la série. Finies à la main et attribuées à un ouvrier, comme chez Rolls-Royce, il importe de retrouver qui a réalisé le montage : les Dynamic possèdent un numéro de finition que l'on retrouve sur la sellerie ou derrière les contre portes.

 

Plans d'usine. Notez la longue flamme de capot : elle sera, sur la série, remplacée par deux flammes courtes.

 

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Sous le capot numéro de série 221010 caractérisant une X77 et numéro de finition 3098

 

Ces voitures sortent en pleines grèves du Front populaire. Les auteurs ont l'habitude de lier cette période et la mévente relative des Dynamic. La raison est ailleurs, lire ci-dessous.

Courrier de lancement

 

Produites jusqu'en 1940, les Dynamic ne reparaitront pas après guerre malgré une présence au salon 1946. Panhard va mal et le plan Pons lui attribue le créneau des 6CV. L'accent est mis sur le développement de la Dyna X : Dyna, diminutif de Dynamic et X car toutes les appellations industrielles commencent par cette lettre chez Panhard. Quelques Dynamic semblent avoir été assemblées jusqu'en 1948 avec le restant de pièces détachées.

 

La gamme Dynamic : 

3 types de moteurs 6 cylindres SS donnent trois modèles :

Un 72x103 2516cm3 de 14CV, appellation commerciale "130" (type X76)

Un 75x108 2861cm3 de 16CV, appellation commerciale "140" (type X77)

dès le salon 1937 : un 3834cm3 de 22CV, appellation commerciale "160" (type X80)

 

Au salon 1938, le passage de la direction à gauche entraîne une nouvelle réception aux Mines.

Le type X76 disparait. Les X77 et X80 deviennent X81 et X82.

 

Plusieurs carrosseries :

La berline, le coach court Junior, le coach long Major (avec ou sans glace de custode), le cabriolet, la familiale 6 glaces, la parisienne plus haute à marche-pied.

Les coupés Major (avec glace de custode) et Junior (plus court sans glace)

 

Le roadster décapotable, le coupé Major sans glace de custode

 

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Photos officielles Panhard. Aucune survivante connue de la décapotable, on imagine les renforts nécessaires sur cette coque acier...

 

La documentation d'époque se limite à quelques brochures et plusieurs publicités réussies dans la presse d'époque.

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Brochure de 1937 et deux publicités dont l'une insiste sur le confort

 

La technique Panhard

Sous sa robe baroque, cette voiture cache une série d'innovations avant-gardistes dont certaines habituelles à la firme d'Ivry. Jugez-en :

- coque en acier galbé soudé (type Ambi-Budd) fixée sur faux châssis

- liaison élastique entre coque et châssis au moyen de 6 sphères en caoutchouc (différentes selon le modèle !)

- coque avec vitres latérales panoramiques comme pour les 6CS

- porte avec fermeture à percuteur (pousser suffit sans claquer) 

- ailes avec flasques protecteurs conçus pour permettre aux roues directrices de tourner 

- circuit de freinage à double maitre-cylindre et garnitures faisant pratiquement 380°

- direction à double relai

- barre stabilisatrice Panhard limitant le roulis

- moteur sans soupapes avec chambre de combustion hémisphérique pour un rendement optimal

- exhausteur d'essence avec retour automatique du surplus d'essence au réservoir pour une meilleure économie

- coupe batterie intégré

- 6 places assises de front

- trois essuie-glaces

- rétroviseur intérieur réglable latéralement

- dynastar servant de démarreur-alternateur

- et toujours tirette de vidange automatique d'huile du moteur

 

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Photo d'usine présentant le soubassement : 4 des 6 sphères sont bien visibles

 

L'évolution de la Dynamic :

Diverses modifications interviennent dans sa courte vie. A partir du salon 1937, peut-être un peu plus tard selon les modèles, elle adopte des vitres panoramiques d'angle plus hautes* et des pare-chocs à lames (bien avant les dernières Citroën 15/6). Les ailerons décoratifs de capot en zamak cassant disparaissent et la calandre comporte une barre centrale de renfort. Le logo Panhard est désormais un écusson fixé sur le côté droit. La limousine 6 glaces apparait au catalogue. A partir du salon 1938 (millésimes 1939), le volant central qui faisait polémique, passe définitivement à gauche. La planche de bord est simplifiée, modernisée par un cadran central rectangulaire et un comodo à palettes. La commande de boîte est au sol et non plus au tableau. L'ouverture de parebrise se fait par une molette et non plus par la commande d'ouverture de la boite à gants (ce qui était un curieux montage escamoté). Les feux et la plaque d'immatriculation arrières sont simplifiés.

 

L'échec de la Dynamic :

La Dynamic est présentée en mai 1936. Tous les auteurs prétextent le Front Populaire et les grèves pour expliquer la mévente relative des Dynamic. Il y a certes un ralentissement des ventes accru pour les voitures de luxe et Panhard n'y échappe pas. Il se raconte que Léon Blum ayant commandé une des premières Dynamic, les ouvriers d'Ivry décident d'interrompre leur mouvement pour terminer sa voiture. Cependant nous voyons autre chose : tout d'abord une situation très centralisée de Panhard dont les grands magasins d'exposition sont exclusivement parisiens. Ensuite et surtout une question de style. Les 6CS et 6DS antérieures sont des voitures imposantes, carrées, aux longs capots flanqués de roues de secours qui inspirent le respect. Par comparaison, la Dynamic est large et rondouillarde. Ses innovations sont réelles mais paradoxalement si discrètes qu'il est difficile d'en éprouver une réelle admiration. Trop nombreuses elles inquièteraient même le terrien français. Les éléments décoratifs, notamment les grilles de phares ou les parechocs sont trop fins et fragiles pour inspirer confiance. Les gabarits imposants, pointus (à l'arrière) et ventrus (ailes avant) n'incitent pas aux manoeuvres aisées dans une circulation dense. Au volant de la Dynamic, on tient la route, toute la route, d'autant que le volant est presque central. La surface vitrée est un peu faible en hauteur, Panhard lancera d'ailleurs une version Parisienne surélevée*. On se trouve un peu confiné et lorsqu'on est grand le parebrise est un peu bas. Enfin la Dynamic hésite : marchepieds ou pas ?

 

Citroën possède un réseau capable de réparer ses Traction Avant monocoques. Mais Panhard ? Quid des heures de main d'oeuvre ? Comment changer une roue cachée derrière toutes ces tôles ? Le client préfère opter pour une longue carrosserie qui en jette, plus pratique et solide, d'abord chez Panhard dont les Panoramiques sont encore produites à un prix attractif (54800F en 1937 contre 58500F pour une Berline X76) ou une Delage D6-70 accessible ou même une Renault Viva ou Nerva Grand Sport plus classiques. Nous pensons que la Dynamic au dessin trop "artistique" n'a tout simplement pas trouvé son public : c'est ce qui fait sa beauté et sa rareté. Les aménagements de 1938-1939 n'ont pas suffi à relancer les ventes. L'année suivante, la guerre était déclarée, brisant net sa carrière de cinq ans.

 

Ma Panhard :

Ma passion des années Trente est née avec l'achat de ma 11AL 1934. Je me suis intéressé à la décade 1931-1941 et j'ai flashé pour la Dynamic, étonnante et mal connue, similaire à la Traction mais son antithèse en matière de style. Courant 2002, j'ai eu la chance d'en posséder une, de commencer à la démonter et à la stocker, pour finir par m'en séparer en 2007 après la vente de ma Traction, sa restauration nécessitant un budget colossal démotivant. Il faut savoir s'arrêter. Voici le dossier de ma Dynamic, une auto saine mais partiellement démontée en mécanique. Il a été difficile, voire impossible de répertorier les pièces manquantes : il n'existe plus à ma connaissance de catalogue de pièces détachées (bienheureux les propriétaires de Traction qui disposent de ces données). Il manquait également toute la boulonnerie moteur.

 

 

Vraisemblablement commandée en septembre pour le salon 1937, elle sort de chaînes le 20 octobre 1937 et porte le numéro 200.280. Le numéro de série est fixé sur le tablier d'auvent, celui du moteur est sur le bloc. Ci-dessous, le numéro de moteur et la copie du registre de chaînes. Monsieur Pintrand son acheteur résidant à Clermont-Ferrand, commandera aussi la Dynamic n°200283.

   

La plaque de moteur, une copie du registre de chaînes Panhard et la notice d'entretien : panoplie complète...

 

Le tableau de bord. La finition faux-bois, à la mode à partir de la seconde moitié des années Trente, est en réalité une tôle peinte. Il manque quelques boutons de commandes réalisés dans une sorte de plastique ou de bakélite teintée. En 1936, ce modèle est à conduite centrale (volant presque au centre décalé sur la droite) et flamme de capot. L'équipement des Panhard est raffiné mais dans les Dynamic, il est bien plus rationnel. Par exemple le rétroviseur intérieur, un verre biseauté, est monté sur une plaque courbe qui peut coulisser sur le montant supérieur de la planche de bord. Le bouton d'ouverture du vide poche central sert à entrebailler le parebrise.

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La voiture est entraînée par un moteur Sans Soupapes à chemises coulissantes. Reportez-vous au magazine Citroscopie n°25 pour mieux comprendre ce mécanisme que j'ai décrit dans le cahier central. Le bas du bloc moteur en aluminium comporte deux vilebrequins. Le grand, ici démonté, entraîne les pistons. Le petit, latéral visible ici, entraine les chemises coulissantes.

   

Où est passé le moteur ? Dans la salle à manger... avec au milieu, enduites de graisse, les chemises coulissantes. A droite le restant des pièces.

Recevoir des amis ne va pas être facile.

 

La voiture est bleu amiral avec liséré ivoire sur les ailes. La sellerie est en drap de laine beige, identique en finition à celle qui est exposée au musée du Mans. Elle porte le numéro de finition 3681. A l'arrière gauche, les clignotants... celui de droite risque d'être difficilement compréhensible. La plaque rétro-éclairée fixée à l'arrière droit avec son unique feu combiné Stop-veilleuse.

Aile arrière avec liséré effacé. Intérieur du motif de contre porte avec à la craie le n°3681 de finition. Cette pièce est soutenue par une autre pièce Panhard : le bouchon-électrode en bakélite qui ferme le puit de bougie au sommet du bloc.

 

Cet engin est l'un des plus surprenants côté style et vous comprendrez sans peine mon intérêt passionné à le décrire. C'est le dernier à arborer des motifs Art déco datant des années 20, comme un hommage à une période révolue et en contradiction avec le style de l'époque plutôt tourné vers la fluidité et l'aérodynamique. Ci-dessous quelques détails :

 

La flamme décorative de capot avec son motif escalier typiquement art déco. En zamak, elle ne résiste ni au temps ni aux démontages. A noter que - luxe inouï de finition -  elles sont toutes estampillées du numéro de série, permettant ainsi de repérer un démontage en cours de vie.

La flèche rouge pointe le numéro 200.280

 

Les veilleuses intérieures de chaque côté de la banquette arrière où l'on retrouve le motif art-déco de type "Soleil couchant". Ce motif reprend celui des feux arrières.

 

 

Encore plus saugrenu, héritière d'une longue lignée, la Dynamic est la voiture aux 5 blasons sans armoirie. La forme de la calandre est reprise dans les grilles de phares et dans les deux veilleuses d'ailes, toutes surmontées d'un cimier lui aussi d'inspiration art déco et repris des Panhard Panoramique : une sorte de "cocotte" ou de paire d'ailes profilées comme les Automobiles Voisin avaient la leur. La planche de bord n'échappe pas à la règle.

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Motifs des veilleuse / phare / calandre

 

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Dessin du blason repris dans les formes arrières et les compteurs de la planche de bord

 

Le thème du "motif répété" (ou harmonisation) est très répandu dans les années Trente, par exemple en ameublement. On sculpte une coquille Saint Jacques en haut d'une armoire et ce motif est rappelé sur le tiroir de la commode de lit, sur le lustre, jusqu'au motif des rideaux et du papier peint. Aujourd'hui nous pratiquons le déstructuré : par exemple, une armoire en bois blanc, une table en verre à piétement rouge et une commode en plastique noir

 

D'autres Dynamic :

Cette rubrique tient un peu lieu de recensement de ces autos extraordinaires. De nombreuses autres photos sont à venir : suivez cet article.

 

Une autre carrosserie, le coach long avec custode arrière. Cette voiture dans un très bel état carrosserie (malgré quelques éclats de peinture) a son moteur et ses freins bloqués.

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Coach Major X76 de 1936 exposé au musée de l'Automobile de Reims

 

 

Berline X76 de 1937 vue à Epoqu'auto 2008 "sortie de grange"

 

En juillet 2018, j'ai craqué pour cette merveilleuse auto visible à Riga (Lettonie) qui était à vendre en "bon état". Je suis donc parti la voir, par la route soit 4700 km en tout, l'occasion de vacances épiques.

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Berline X77 de 1938 exposée au musée de Riga (Lettonie)

 

Familiale 140 de 1939 avec les détails de son millésime (absence de flamme de capot, deux essuie-glaces, barre centrale de renfort sur la calandre, pare choc à lames, levier de vitesse coudé, volant à gauche) et ceux habituels : pot d'échappement à l'avant, train avant à barre de torsion, démarrage par dynastar, etc.

Familiale X77 de 1939 vue à Rétromobile 2011, à vendre 85.000 euros...

 

Dynamic à restaurer :

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La Dynamic des stars

Elle sera adoptée par l'acteur et comédien Victor Boucher qui n'hésite pas à en faire la promotion. C'était un homme d'une grande finesse et d'une grande élégance.

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L'acteur (évidemment oublié !) dans ses oeuvres : en savant entremetteur en 1933

 

Dynamic et gazogène :

Deux types seront adaptés dans la Dynamic : le type E (dans les ailes) et une remorque type X83 homologuée en 1941.

   

Page de présentation de la plaquette Panhard 1941. Au milieu, essai d'étanchéité sur gazogène Dynamic. A droite la remorque homologuée par la firme.

 

 

* je n'ai pas encore trouvé si le pavillon était réellement surélevé ce qui supposerait un nouvel emboutissage coûteux pour produire quelques exemplaires ou si l'emboutissage des portes se faisait plus haut dans la coque donnant une surface vitrée acceptable.



01/04/2012
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