Le blog de Jérome COLLIGNON

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Panhard Dynamic

PANHARD DYNAMIC : une exubérante modernité.

 

 

Prologue :

Lorsqu'en 1995, j'ai enfin pu envisager de rouler en ancienne, faute de trouver rapidement le modèle qui me séduisait - une Traction 1934 -, j'avais l'opportunité d'acheter deux autres véhicules : une petite 5CV vendue par un membre de mon club et une SM. La SM constitue mon deuxième coup de foudre. J'ai réfléchi d'une part que la 5CV serait difficilement roulable sur de grandes distances et que d'autre part ma connaissance en hydraulique se résumant à zéro, mieux valait un véhicule moins sophistiqué. Je suis heureusement tombé sur ma 11AL 1934. Ma passion des années Trente est née avec cet achat. Je me suis m'intéressé à la fin de l'année 1934 puis 1935, 1936, etc. pour finalement me fixer à la décade 1931-1941. A ce moment-là, j'ai flashé pour la plus étonnante et encore mal connue Panhard Dynamic. Je me suis vu à son volant.

 

Produite entre 1936 et 1939 à quelques 2500 exemplaires, c'est un hommage technique à la Traction mais son antithèse en matière de style. Courant 2002, j'ai eu la chance d'en posséder une, de commencer à la démonter et à la stocker, pour finir par m'en séparer en 2007 après la vente de ma Traction, sa restauration nécessitant un budget colossal démotivant. Il faut savoir s'arrêter ! Voici quelques photos, réflexions, éléments sur cette auto qui se structureront au fil du temps.

 

Courte histoire de la Dynamic :

Sortie en mai 1936, la série débute au numéro 200.000. Une facilité chez Panhard : le moteur porte le même numéro que la série. Il faut se souvenir que ces voitures sont pour la plupart finies à la main et attribuées à un ouvrier, comme chez Rolls-Royce. Il importe de retrouver qui a fait le travail de montage. Pour compléter l'identification, les Dynamic possèdent un numéro de finition que l'on retrouve sur la sellerie ou derrière les contre portes.

 

Plans d'usine. Notez la longue flamme de capot : elle sera, sur la série, remplacée par deux flammes courtes.

 

Ces voitures sortent en pleines grèves du Front populaire. Les auteurs ont l'habitude de lier cette période et la mévente relative des Dynamic. La raison est ailleurs, j'ai ma petite idée sur la question, nous y reviendrons.

Courrier de lancement

 

Les Dynamic sont produites jusqu'en 1939-1940 et ne reparaitront pas après guerre malgré une présence au salon 1946, l'accent étant mis sur la Dyna X : Dyna, diminutif de Dynamic et X car toutes les appellations industrielles commencent par X chez Panhard. Quelques Dynamic semblent avoir été assemblées jusqu'en 1948 avec le restant de pièces détachées.

 

La gamme Dynamic : 

3 types de moteurs 6 cylindres SS donnent trois modèles :

Un 72x103 2516cm3 de 14CV, appellation commerciale "130" (type X76)

Un 75x108 2861cm3 de 16CV, appellation commerciale "140" (type X77)

dès le salon 1937 : un 3834cm3 de 22CV, appellation commerciale "160" (type X80)

 

Au salon 1938, le passage de la direction à gauche entraîne une nouvelle réception aux Mines.

Le type X76 disparait et les X77 et X80 deviennent X81 et X82.

 

Plusieurs carrosseries :

La berline, le coach court Junior, le coach long Major (avec ou sans glace de custode), le cabriolet, la parisienne, la familiale.

Les coupés Major (ici avec glace de custode) et Junior

 

Le roadster décapotable, le coupé Major sans glace de custode

  

Ma Panhard :

Vraisemblablement commandée en septembre pour le salon 1937, elle sort de chaînes le 20 octobre 1937 et porte le numéro 200.280. Le numéro de série est fixé sur le tablier d'auvent, celui du moteur est sur le bloc. Ci-dessous, le numéro de moteur et la copie du registre de chaînes. Monsieur Pintrand son acheteur résidant à Clermont-Ferrand, commandera aussi la Dynamic n°200283.

     

La brochure de 1937, la plaque de moteur, une copie du registre de chaînes Panhard et la notice d'entretien : panoplie complète...

 

Voici en exclusivité (car je n'en avais jamais parlé) le dossier de ma Dynamic, une auto très saine mais partiellement démontée en mécanique. Il a été difficile, voire impossible de répertorier les pièces manquantes : il n'existe plus à ma connaissance de catalogue de pièces détachées (bienheureux les propriétaires de Traction qui disposent de l'intégralité de ces données). Il manquait également toute la boulonnerie moteur. Les chocs carrosserie à l'avant et à l'arrière en raison des gabarits imposants de l'engin étaient facilement redressables.

   

 

La voiture est entraînée par un moteur Sans Soupapes à chemises coulissantes. Reportez-vous au magazine Citroscopie n°25 pour mieux comprendre ce mécanisme que j'ai décrit dans le cahier central. Le bas du bloc moteur en aluminium comporte deux vilebrequins. Le grand, ici démonté, entraîne les pistons. Le petit, latéral visible ici, entraine les chemises coulissantes.

   

Où est passé le moteur ? Dans la salle à manger... avec au milieu, enduites de graisse, les chemises coulissantes. A droite le restant des pièces. Recevoir des amis ne va pas être facile.

 

La voiture est bleu amiral avec liséré ivoire sur les ailes. La sellerie est en drap de laine beige, identique en finition à celle qui est exposée au musée du Mans. Elle porte le numéro de finition 3681.

 

Aile arrière avec liséré effacé. Intérieur du motif de contre porte avec à la craie le n°3681 de finition. Cette pièce est soutenue par une autre pièce Panhard : le bouchon-électrode en bakélite qui ferme le puit de bougie au sommet du bloc.

 

Le tableau de bord. La finition faux-bois, à la mode à partir de la seconde moitié des années Trente, est en réalité une tôle peinte. Il manque quelques boutons de commandes réalisés dans une sorte de plastique ou de bakélite teintée. En 1936, ce modèle est à conduite centrale (volant presque au centre décalé sur la droite) et flamme de capot.

 

Comme dans toutes les Panhard, l'équipement est raffiné mais dans les Dynamic, il est bien plus rationnel. Par exemple le rétroviseur intérieur, un verre biseauté, est monté sur une plaque courbe qui peut coulisser sur le montant supérieur de la planche de bord. Le bouton d'ouverture du vide poche central sert à entrebailler le parebrise. 

 

 

A l'arrière gauche, les clignotants... celui de droite risque d'être difficilement compréhensible. La plaque rétro-éclairée fixée à l'arrière droit avec son unique feu combiné Stop-veilleuse.

 

 

Cet engin est l'un des plus surprenants côté style et vous comprendrez sans peine mon intérêt passionné à le décrire. C'est le dernier à arborer des motifs Art déco datant des années 20, comme un hommage à une période révolue et en contradiction avec le style de l'époque plutôt tourné vers la fluidité et l'aérodynamique. Ci-dessous quelques détails :

 

La flamme décorative de capot avec son motif escalier typiquement art déco. En zamak, elle ne résiste ni au temps ni aux démontages. A noter que - luxe inouï de finition -  elles sont toutes estampillées du numéro de série, permettant ainsi de repérer un démontage en cours de vie.

La flèche rouge pointe le numéro 200.280

 

Les veilleuses intérieures de chaque côté de la banquette arrière où l'on retrouve le motif art-déco de type "rayons de Soleil couchant". Ce motif reprend celui des feux arrières.

 

 

Encore plus saugrenu, la Dynamic est la voiture aux 5 blasons. La forme de la calandre est reprise dans les grilles de phares et dans les deux veilleuses d'ailes, toutes surmontées d'un cimier lui aussi d'inspiration art déco et repris des Panhard Panoramique : une sorte de "cocotte" ou de paire d'ailes profilées comme les Automobiles Voisin avaient la leur.

   

Motifs des veilleuse / phare / calandre

 

Le thème du "motif répété" (ou harmonisation) est très répandu dans les années Trente, par exemple en ameublement. On sculpte une coquille Saint Jacques en haut d'une armoire et ce motif est rappelé sur le tiroir de la commode de lit, sur le lustre, jusqu'au motif des rideaux et du papier peint. Aujourd'hui nous pratiquons le déstructuré : par exemple, une armoire en bois blanc, une table en verre à piétement rouge et une commode en plastique noir

 

D'autres Dynamic :

Une autre carrosserie, le coach long avec custode arrière. Cette voiture dans un très bel état carrosserie (malgré quelques éclats de peinture) a son moteur et ses freins bloqués.

   

Coach Major 130 de 1936 exposé au musée de l'Automobile de Reims

 

 

Berline 130 de 1937 vue à Epoqu'auto 2008 "sortie de grange"

 

La familiale 140 de 1939 avec les détails de son millésime (absence de flamme de capot, deux essuie-glaces, barre centrale de renfort sur la calandre, pare choc à lames, levier de vitesse coudé, volant à gauche) et ceux habituels : pot d'échappement à l'avant, train avant à barre de torsion, démarrage par dynastar, etc.

         

Familiale 140 de 1939 vue à Rétromobile 2011, à vendre 85.000 euros...

 

Dynamic et gazogène :

Deux types seront adaptés dans la Dynamic : le type E (dans les ailes) et une remorque type X83 homologuée en 1941.

   

Page de présentation de la plaquette Panhard 1941. Au milieu, essai d'étanchéité sur gazogène Dynamic. A droite la remorque homologuée par la firme.



01/04/2012
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