Le blog de Jérome COLLIGNON

Le blog de Jérome COLLIGNON

2004/06/11-12-13 : 70 ans de Traction Dunkerque

Ce texte est la reprise intégrale du texte publié en 2005 sur mon ancien blog réalisé avec l'ami Guy. Il a été retrouvé dans les archives du net. Vous pardonnerez son style (c'était il y a 16 ans) et également ses photos argentiques que j'ai dû re-scanner. J'ai complété avec le maximum que j'ai pu retrouver et ajouts en italique.

 

2004Dunkerque2

 

Guy étant bloqué au Luxembourg pour raison d’élections européennes obligatoires, je décide de partir seul avec la 11AL à la manifestation de Dunkerque. Quelles étaient mes motivations profondes à y aller ?

 

Non pas pour la manifestation en elle-même. Dès le départ, je n'ai pas été très enthousiaste à l'idée d'aligner 1000 tractions en bord de mer. Privées de plaques d’identification, abandonnées en file indienne sur une digue interminable, je n’ai pu rencontrer que 10% des présents et n’ai pas pu faire la connaissance de nos amis anglais. Mais comme le résultat atteint plus de 700 voitures, je n’en dis pas moins bravo aux organisateurs pour leur dévouement. La mobilisation était, je pense, à la hauteur des espoirs. C’est un exploit digne d’un ICCCR.

 

Non pas pour le Tourisme. Je savais que ma mobilité sur place serait limitée, je pensais visiter le musée des Arts qui présentait une alléchante collection d’estampes japonaises, je n’ai pas eu une minute pour m’y rendre.

 

Non pas pour la soirée de gala. Je ne m’intéresse plus guère - hélas - aux discours de ceux qui sont censés nous représenter. Ils ne me font ni trembler d’émotion, ni rugir de joie. Je me suis contenté d'une dégustation d'un plateau de fruits de mer avec mes amis suivi d’une balade face à la mer.

Voir ici aussi : Hommages et dédicaces

 

J’y suis allé pour deux choses (et j’en ai découvert une troisième) :

La première raison de ma présence, c’est d’abord de participer à une grand’ messe Citroën. Je suis fidèle à l’esprit Citroën. Je me devais d’être présent.

 

La deuxième raison, c’est que cette manifestation était un excellent prétexte pour communier (enfin à nouveau…) avec ma voiture. Ma principale motivation était double :

1) que ma voiture sortant des ateliers Rétromobile soit capable de m’emmener et de me ramener.

2) que je sois capable de me débrouiller absolument seul au volant d’un engin conçu en 1934.

 

L’internaute découvrira ci-dessous le déroulé de ces deux jours :

 

Vendredi 11 juin. Courses, chargement de la voiture, dossier d'inscription n°165, plein de Sans Plomb 95 Elf jaune fluo, boîte à outil bien à disposition, starter, plein retard puis avance à fond, chauffe progressive, je prends le départ à 14H15 précises. Le temps est venteux, variable gris-bleu, non pluvieux. La route est belle et assez peu fréquentée. Au bout d’une cinquantaine de kilomètres, des claquements dans le train avant se font entendre puis le bruit léger d’un choc dans l’aile, très caractéristique d’un boulon qui s’envole. Je m’arrête et ausculte : je viens de perdre un boulon de fixation de l’amortisseur avant droit. Pas grave ! Je continue jusqu’à ce que mort s’ensuive. La pluie arrive après Laon. Au premier enclenchement des essuie-glaces, ceux-ci font un aller et disparaissent subitement du pare-brise. Je m’arrête en catastrophe, bien désolé d’avoir perdu ces pièces. Sous l’action du vent, ils se sont simplement dressés en l’air comme des antennes. Je les remets en place en évitant de m’en servir (sauf grosse pluie). Je les positionne au milieu de la vitre, ainsi la pression les maintient visibles. Je n’aurai plus guère à m’en servir. Ensuite je me fais successivement deux frayeurs. La première sur un rond point que j’aborde un peu vite : sur chaussée glissante, la 11AL part franchement en crabe. La deuxième dans une descente en courbe que j’attaque à fond. Aux alentours de 100 km/h, la direction part dans un shimmy endiablé et j’ai bien du mal à garder la bête sur la voie de droite. A ce moment, on ne sait plus où l’on est, le volant ne répondant plus aux sollicitations, phénomène que je pensais impossible techniquement. Le moteur donne bien sauf dans les montées où la vitesse à pleine charge plafonne à 60 km/h. Sur le plat, j’atteins 100-105 km/h. Les traversées de villes sont un peu épiques : au ralenti, le conjoncteur entraîné par la dynamo ne charge plus (débit zéro ampère) ce qui a pour effet de faire caler le moteur. Je dois alors maintenir l’accélérateur enfoncé. Sur route la charge est de 10 A (à l’origine 12-14 A). Pour autant, jamais ni la batterie, ni le conjoncteur, ni le carburateur Solex 30 AHD (montage de remplacement de 1936 avec starter manuel) ne me feront défaut pendant ces 3 jours. Les démarrages sont impeccables à chaque fois prouvant un excellent travail sur la voiture. Et c'est ce qui me sauvera.

 

Je traverse Saint Quentin, Arras, Béthune en plein départ de week-end, avec les feux, les ronds points. Après avoir pesté contre les pépés au volant qui mettent deux plombes pour virer ou les jeunes qui déboîtent brutalement devant mon nez ou encore les piétons qui attendent que j’arrive pour traverser devant mon capot, j’arrive dans le petit village fortifié de Bergues (lieu de tournage de "Bienvenue chez les Ch'tis" trois ans après). Je suis fatigué mais pas stressé et pas inquiet de reprendre le volant. Je stationne la voiture dans la petite cour pavée de l'hôtel restaurant Au Tonnelier, logis de France. Quel confort ! Des tractions hollandaises arrivent peu après. En connaisseurs, leurs propriétaires détailleront la sellerie Luxe de la 11AL. Mais je fais bande à part et me couche rapidement.

 

2004Dunkerque1Stationnement dans la cour de l'hôtel
2004Dunkerque2à côté de consoeurs hollandaises

 

Il y a un énorme problème d’insonorisation dans les hôtels français. A croire que les gens sont sourds ou tous programmés pour dormir de minuit à 7 heures. Jusqu’à minuit, vous avez encore du monde dans les couloirs qui parle fort et à 7 heures ce sont les bruits d’eau, de claquement de portes, etc. (je ne parlerai pas des quintes de toux vers les 2-3 heures du matin). Un détail que j’ignorais à Bergues : le beffroi sonne à 7H30 tous les jours. Géniaaaal…

 

Samedi 12 juin. Je me lève un peu fatigué. Préparatifs, solide petit déjeuner, je passe un coup de chiffon rapide à sec sur la carrosserie au grand dam des hollandais (rassurez-vous, messieurs, elle a été enduite d'un protecteur aux polymères avant le départ mais allez expliquer cela en hollandais !). Quelques photos en sortie de Bergues. Direction la station service la plus proche. Dans une Esso à cartes, je fais le plein de Sans Plomb 95. Tiens, il est incolore. Avance à moitié, je fais 500 mètres, pet, pet, paf et la voiture s’arrête. Serait-ce le carburateur ? Je démonte le filtre et découvre une espèce de gélatine gluante et brun rosé. Problème : sans aiguille, comment déboucher un gicleur ? Faire preuve de débrouillardise. J'extraie un fil de cuivre du câble "moins" de la batterie : le diamètre correspond au trou du gicleur. Je débouche tous les gicleurs. Je resterai plus d’une heure à redémarrer la voiture. Mais la bonne humeur est là.

 

2004Dunkerque3
En sortie des fortifications de Bergues

 

J’arrive vers 13H30 à Dunkerque. Tout est correctement fléché, c’est un plaisir de retrouver cette ville ensoleillée que j’avais visitée en repérage en mars. L’accès est assez facile mais la configuration des lieux est peu pratique : la circulation se fait au milieu des gens dans une rue étroite. Je salue au passage Nico Michon installé comme beaucoup à la terrasse d'un café. Je me retrouve stationné tout au bout de la jetée. Je retrouve les amis de ma région et déjeune avec eux.

 

Je retrouve également Roger (Brosselin) avec sa 7C et les amis Dominique Peter et Pietro Turchi venu d'Italie avec sa 7A. Nous détaillerons ensemble les différences avec la 11AL et je l'emmènerai faire quelques mètres de jetée.

Site de Pietro : http://www.tractionavant7a.net/Dunkerque_fr.htm

 

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2004Dunkerque8Le cache moyeu manquant est dans l'auto

 

L'après midi se passe en visite des voitures exposées. Tant pis, j'ai manqué le coupé bleu 11A 1934 fraîchement restauré. Je flashe pour une très belle 11BL 1946 gris irisé. Je finirai par échanger avec son propriétaire Guy Perrau (qui hélas décèdera deux ans après) puis plus tard avec sa fille qui en novembre 2014 me proposera sa voiture mais un peu cher pour son état ce que je regrette car ce millésime se fait rare sur la route. Je suis heureux d'évoquer ici leur souvenir.

 

2004Dunkerque5Georges Irat à moteur Traction
2004Dunkerque611BL 1946 gris irisé
2004Dunkerque7

 

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Ensuite avec la 11AL je me déplace jusqu'à l'exposition sous le Kursaal, très bien organisée. Je rencontre peu de tractionnistes que je connais. Les uns sont partis en rallye, les autres sont éparpillés en bord de mer. Je n'ose même pas demander l'autorisation d'accéder sur les stands pour détailler les voitures.

 

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2004Dunkerque28Ce coupé est en réalité vert irisé

 

L'inscription Kursaal a permis de regrouper les deux photos suivantes avec les autres (je ne suis jamais retourné à Dunkerque depuis). Le scanner a grisé le vert moteur mais la plaque "Essai" reste bien visible.

 

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Le panneau "Communiqué" que j'ai affiché sur la voiture interpelle quelques "optimisateurs" et le débat s'engage ferme (voir en fin d'article). Pascal M. juge indigne la peinture de ma plaque d'immatriculation. Il a raison. Par contre mon "Block-Vitesses" Robri 1936 accroché au tableau de bord fait bien des envieux.

 

2004Dunkerque10La belle 7C 1935 de Pascal (vendue ensuite).
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Le soir, plateau de fruits de mer avec mes amis et retour à pied vers le parking. Ensuite vers minuit, chacun regagne son hôtel. Sauf moi.

 

Pêchant par excès de prudence, j'ai mis l'avance à l'allumage à moitié. Au bout de quelques mètres dans Dunkerque, pet, pet, paf, je cale à nouveau. Je me gare sous un lampadaire. Et là, jusqu'à 1h30 du matin, aidé d'un très brave homme qui a travaillé sur Rosalie, nous essayons de redémarrer la bête. En réalité, il faut rouler avec l'avance à fond dès le départ… Je le saurai pour les prochaines fois. Malgré l'heure tardive, nous ne serons jamais ennuyés ou apostrophés. Je garde un très bon souvenir de la ville de Dunkerque et des dunkerquois. Merci infiniment pour leur accueil et leur enthousiasme.

 

Dimanche 13 juin. Quelque peu déçu par cette manifestation dispersée (plusieurs lieux de stationnement, plusieurs visites ou rallyes simultanés…), je repars sans tambour, ni trompette vers 10H00, un peu mieux reposé et il faut le dire, avec allégresse de pouvoir m'échapper. La route est magnifiquement ensoleillée. Il ne me faudra que 4 heures pour parcourir 300 kilomètres, villes comprises soit une moyenne de 75 km/h.

 

2004Dunkerque130604Dimanche 13 : Jean-Mi nous salue

 

En conclusion, j'aurai fait 606 kilomètres absolument seul sur la route, sans assistance, ni rencontre de véhicules anciens, uniquement avec de l'énergie, de la foi et de la débrouillardise. Mon pari est gagné.

 

 

Dunkerque Communiqué

 

© 2005 Jérome COLLIGNON



29/03/2020
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