Le blog de Jérome COLLIGNON

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Chronique d'un collectionneur II

Lorsqu'on entre dans le monde de la collection de véhicules anciens, il arrive toutes sortes de choses qui n'arriveraient pas si l'on restait en pantoufles devant sa télévision. Réflexions tirées d'une observation de la réalité, toujours pour votre divertissement.

 

L'automobile ancienne a t-elle sa place dans un monde plus écologique ?

 

L'électrique nous est vantée à grands renforts de publicités si curieuses (1) que l'on est fondé à se demander si notre monde n'est pas en train de muter.

 

J'ai beau réfléchir, je ne vois pas comment l'écologie résoudra la difficile équation de l'augmentation conjointe de la consommation d'électricité, de nouvelles centrales nucléaires, de bornes de rechargement sur chaque place de parking (en remplacement du lieu unique fluide appelée "station-service"), d'un encombrement des villes remplies de véhicules inutilisables pendant de longues heures (ce qui est pire qu'inutilisés comme actuellement), sans parler du difficile recyclage des batteries au bout de six ans, du scandale de l'extraction des minéraux rares (cobalt, carbonate de lithium) et de cette exportation de pollution dans des pays si éloignés qu'elle semble conforter (ou du moins peu troubler) le rêve altermondialiste d'une Terre propre et verte.

 

Quant au pauvre consommateur (2), entre l'impossibilité de recharger dans son immeuble collectif non équipé, la perte de temps, la faible autonomie, l'entretien simultané dans ces hybrides tant vantées, des moteurs thermique et électrique, une rentabilité par rapport à l'essence atteinte à la moitié de la vie du véhicule, au moment où il faut remplacer toutes les batteries qui valent un tiers de la valeur Argus totale, le calcul sera vite fait : investissement non rentable. Payer plus pour polluer moins est élitiste mais peu populaire.

 

L'idéal aurait été un véhicule spacieux permettant le co-voiturage répété, à ravitaillement rapide, grande autonomie, tirant son énergie de nos déchets organiques, ménagers, de la biomasse. Hélas ni ce véhicule, ni même son idée n'ont encore vu le jour. Reste donc une solution : la voiture ancienne.

 

Eliminons d'emblée le Rétro-fit annoncé comme la panacée. Outre qu'il entre dans la description ci-dessus, même en occultant la perte du caractère patrimonial de "véhicule de collection", son non-sens est complet. Une Traction Avant n'est pas conçue pour recevoir de lourdes batteries du point de vue structure, sécurité et rapport poids-puissance. A une mode est ajouté un effet gadget.

 

Cependant l'idée de faire durer un véhicule ancien pour n'en plus fabriquer de nouveau (et ainsi moins solliciter les ressources de la Terre) semble séduisante. Trois obstacles vont se dresser :

- Les pertes d'emploi massives dans le secteur automobile ; que la conversion forcée à l'électrique a déjà engagée (2)

- La disparité économique entre les pays : l'écologie ira dire à l'Inde, l'Afrique, la Chine aux démographies galopantes qu'afin de protéger la Terre, ils devront en masse renoncer à leur désir de déplacement, d'équipement, de progrès (souvent le nôtre) pendant que  – brandissant la notion de décroissance – elle nous refuse toute avancée dans ces domaines (3).

- La pollution engendrée par des moteurs thermiques de conception ancienne.

 

Chacun caresse le rêve de revoir un jour cet immense jardin rempli de fleurs, d'abeilles et de papillons où l'homme vit en harmonie avec les animaux tel que certaines publications (de films, de reportages ou d'agences de voyages) nous le présentent : ce fameux "Monde d'Après"... Défendre l'écologie et déclarer que parcourant peu de kilomètres, ces véhicules peuvent bien polluer un peu, n'est pas tenable. Sur ce point, hélas rien n'est fait. J'attends la solution miracle, le revendeur - constructeur, précurseur avisé, qui imaginera un pot catalytique 100% filtrant ou tout autre dispositif (4) rendant nos véhicules anciens définitivement propres.

 

Ainsi pour le plaisir des yeux, un intérêt croissant pour l'Automobile, les routes de France verraient ressurgir une flottille de Traction, 4CV, DS, 2CV, 203, Panhard, Delage, etc. Les pièces détachées garanties dix ans seraient seules refabriquées. Nos usines seraient reconverties, on remettrait en service les vieilles machines-outils, on exhumerait le savoir-faire, brandirait la Nomenclature Citroën comme livre de chevet. Chacun ferait son entretien simple et peu coûteux, s'entraiderait sans ordinateur. Nous roulerions tous au maximum à 110km/h, il n'y aurait plus de radars, plus de stress et beaucoup moins de morts car nous ferions attention à notre conduite au volant de nos engins moins efficaces mais plus précieux à nos yeux. Un monde idéal.

 

Il suffit de peu de choses, n'est-ce pas ?

 

 

(1) cf. le slogan Renault Zoé "elle ne change rien à votre quotidien" et la possibilité d'acheter sa Citroën "Ami" comme un réfrigérateur chez Darty.

(2) le riche consommateur disposant d'une maison avec double garage peut se permettre cet investissement high-tech. Sans emploi ou sans moyen, la priorité n'est pas l'écologie mais de subsister à moindre coût. Lorsqu'on aura compris cela…

(3) Du reste, il faudra un jour choisir notre mode de pollution. Comment alimenter 7 milliards de terriens sans culture intensive et mécanisée ? Gâcher de l'eau pour faire la vaisselle ou manger dans des couverts jetables et à quel coût ? J'ai anticipé un monde "évolué" dans l'article "France 2051".

(4) par exemple de distillation des fumées d'huile rejetées par les moteurs sans soupapes.



25/05/2020
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