Le blog de Jérome COLLIGNON

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Conduire et connaître une Traction

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Fort de 10 ans d'expérience au volant d’une 11AL 1934 restée et restaurée comme à l'origine (direction à boitier, moteur, boîte, freins, circuit 6 volts) et de 4 ans au volant d'une 11BL 1949 (d'origine avec 65.000 km - photo d'entête), je vous propose quelques trucs pour bien conduire sa Traction Avant.

 

 

I) Rappel de quelques règles d'or :

La Traction n'a pas été commercialisée pour dysfonctionner. Rappelons cette évidence : une Traction neuve était sans jeu ni craquement, démarrait au quart, délivrait sa puissance et freinait droit. Sinon... il ne s'en serait pas vendu 760.000 exemplaires. Conclusion :

 

1) Si votre voiture dysfonctionne, c'est dû à son mauvais état (usure, choix de restauration ou de mauvaises pièces)... ça fait mal à lire mais c'est la stricte* vérité.

2) Il n'y a pas de mauvais sort en mécanique. Une Traction n'est ni vivante ni ensorcelée. Au lieu de maudire votre Citroën, réparez-la.

3) Vous convaincre de votre responsabilité demandera plus d'effort que de réparer votre Traction

4) La seule personne qui peut agir sur votre Traction, c'est VOUS. En faisant vous-mêmes ou en tant que maître d'oeuvre.

 

--> Si vous êtes passionnés par votre goût, une envie de confort ou de performances (c'est-à-dire par vous-mêmes) votre Traction ne sera au fond qu'une vieille "caisse" mal conçue, imparfaite qu'il faut bricoler et améliorer.

--> Si vous êtes passionnés par votre Traction, vous comprendrez que c'est son état actuel qui est imparfait non sa conception. Vous serez attentifs à restaurer et faire revivre ses mécanismes d'antan, à goûter le charme de sa différence : ils modifieront votre conduite et vos perceptions. Vous entrerez dans le monde des collectionneurs de véhicules anciens.

 

Vos choix définissent votre passion : à vous de jouer !

 

 

II) Conduire :

Check-list avant de partir :

Les niveaux sont-ils correctement faits ? Eau du radiateur, huile de moteur et de boîte, niveau d'essence.

La pression des pneus est-elle correcte ? La courroie de dynamo est-elle correctement tendue ?

L'outillage de bord est-il présent dont manivelle, cric et ses accessoires (1) ? On peut ajouter diverses fournitures de dépannage (voir V) et en hiver : une couverture, une pelle, etc.

 

Démarrage à la manivelle :

Elle a été décrite dans le Guide Traction tome 1 page 128. Cette manoeuvre à employer modérément fatigue les roulements de boîte.

 

Essence, starter, accélération :

Pomper manuellement l'essence : ceci favorise sa mise en pression immédiate au carburateur et évite un trop long cycle de démarrage qui fatigue la batterie. Contact, on tire le starter à fond sans toucher à l'accélérateur puis on tire le démarreur pendant 4 cycles. Si la voiture ne part pas, il est inutile d'insister, il y a un problème à résoudre : voir chapitre V. Si elle part, on évite de laisser le starter tiré à fond. Le mieux est de le repousser de moitié lorsque le moteur est lancé : celui-ci prend ses tours. Au bout d'une à deux minutes pas plus, on repousse à fond. Si le moteur est encore froid (hiver) il aura du mal à tenir le ralenti. On garde alors un bas régime avec l'accélérateur. On évite d'accélérer à froid pour laisser le temps à l'huile de chauffer et de monter dans la rampe de culbuteurs. Le moteur fonte d'une Traction nécessite un réchauffage. Poser la main sur le couvre culasse et attendre qu'il soit tiède avant de partir (au moins 5 bonnes minutes).

 

Allumage :

Contrairement à une légende tenace, il est nuisible de donner un grand coup d'accélérateur avant de couper le contact. Pourquoi ? Le moteur effectue plusieurs cycles sans allumage, avalant de l'essence pure non brûlée qui dégraisse les cylindres. Il redémarrera moins bien lubrifié (chambres de combustion sèches) et à la longue, ceci peut favoriser l'usure de la segmentation.

 

L'allumage, tout comme la carburation, ont été étudiés ensemble avec le moteur. Modifier la courbe d'avance ou modifier le carburateur, c'est modifier les performances du moteur : vitesse en charge, vitesse en palier, consommation, cliquetis, chauffe, etc.

 

Ajout d'huile 2T dans les hauts de cylindres :

Cette pratique tient de la légende urbaine et n'est d'aucune utilité. Les pistons sont lubrifiés par jets d'huile et balayage des segments et les soupapes sont lubrifiées par la rampe, leurs sièges étant lubrifiés et amortis par l'antidétonant du carburant (plomb ou potassium). Sur-lubrifier la chambre de combustion, environnement sous pression et fortement chauffé, crée des résidus imbrûlés qui s'intercalent entre les pièces et encrassent les bougies. Si une lubrification était nécessaire à cet endroit, ne pensez-vous pas que le constructeur l'aurait prévue ? Proscrivez toutes les pratiques s'écartant de la marche normale préconisée par l'usine.

 

La fiabilité d'une Traction :

Autre légende urbaine qui veut que pour rouler, il faut "fiabiliser". C'est bien sûr inutile techniquement et incohérent avec une passion pour une auto ancienne.

- concernant votre sécurité, elle est de toute façon menacée puisque la Traction ne comporte aucun point d'attache pour des ceintures inarrachables, aucune place pour des airbags et qu'elle échouerait aux crash-tests avec sa colonne de direction et sa monocoque conçue pour repousser et non absorber les chocs. Redoublons simplement de prudence.

- l'éclairage est fonction de l'état des masses, du faisceau électrique (un circuit 6 V y est sensible) et de l'argenture des paraboles de phares. Une fois ces éléments réparés, les phares avec leurs ampoules jaunes à l'avant éclairent loin sans éblouir. Il est possible de rouler avec un seul phare : je l'ai testé, on voit encore très bien. A l'arrière, on peut admettre que les veilleuses rouges surprennent les autres usagers par leur petitesse. Sans dénaturer l'auto, il est possible d'ajouter des feux de gabarits (pour une proposition : cliquez ici).

- le refroidissement de l'eau moteur. De la même façon, un bloc détartré avec un faisceau de radiateur permettant un échange calorifique optimal et une pompe à eau du millésime du moteur ne vous donnera aucune mauvaise surprise. Vous économiserez la panoplie moderne du vase d'expansion, ventilateur additionnel, sonde de température, etc. Le vapor-lock est un bon indicateur de température excessive du moteur.

 

Pompe à eau et courroie :

Vérifiez régulièrement la tension de la courroie pour éviter le caractéristique "chip-chip-chip" et surtout veillez à aligner les poulies, vous augmenterez leur durée de vie.

 
Ceci sera vite réparé (il suffisait de mettre une poulie du bon millésime).

 

Conduite :

Evitez les manoeuvres brusques : accélérations brutales ou freinages brusques. Bien sûr votre Traction n'est pas en sucre. D'ailleurs elle a résisté au temps : allez-vous la détruire ? Vous verrez qu'à l'usage, vous réaliserez certaines économies : de pneus, de roulements, une batterie qui tient une année de plus, etc. et retarderez des échéances d'entretien. Pour ma part, j'évite de laisser tourner trop longtemps le moteur d'essuie glace en bakélite fragile, de claquer les portières, de manger en voiture (un accident de mayonnaise est si vite arrivé), de rouler avec des  objets déposés sur les sièges tels que paniers, habits qui peuvent se déplacer. C'est le meilleur moyen d'attraper un accroc, l'auréole bleue d'un vêtement humide qui a déteint, etc.

 

Boîte de vitesses, maniement :

La commande de vitesses ne se manie pas à la volée comme sur une moderne. Il faut attendre une ou deux secondes que la vitesse de rotation des engrenages s'abaisse et "aller chercher" l'engrènement. Il faut faire l'inverse d'une voiture moderne : débrayer, enclencher la vitesse, embrayer puis accélérer et ne pas accélérer avant d'embrayer. Si la vitesse craque, c'est que votre méthode est mauvaise ou trop rapide. Si le craquement est continuel, il faudra envisager un réglage des fourchettes (fixées sur le couvercle de boîte). Un tractionniste fait rarement craquer sa boîte. Le manque de fiabilité de la boîte de vitesses est une légende urbaine. Cet organe n'est pas plus fragile que sur une autre ancienne, mise à part peut-être son positionnement en porte-à-faux avant, plus exposé aux chocs frontaux. Une boîte bien réglée (réglages des jeux d'axes et du couple conique) convenablement graissée et menée avec douceur vous mènera loin. Une boite 4 vitesses n'apporte qu'un peu de silence mais guère, voire pas du tout d'économie (pour en savoir plus : cliquez ici).

 

La peur sur la route :

La peur n'évite pas le danger. Vous n'êtes pas plus exposé en Traction que dans une voiture moderne. Une Traction est même, de par sa masse sombre inhabituelle ou le brillant de ses chromes, particulièrement visible au milieu des autres véhicules anonymes. Cela étant, un conducteur lambda va chercher vos clignotants ou vos feux et essayer de comprendre votre comportement. Pour ce faire, deux conseils :

ANTICIPER le signalement de votre manoeuvre.

EVITER les hésitations par une action franche sécurisée.

 

Changements de direction

En 10 ans de conduite, j'ai très peu utilisé les clignotants que vous pouvez voir sur les photos de ma 11AL : leur lenteur était à peu près invisible. Je les ai laissés uniquement pour le contrôle technique sinon j'étais bon pour une contre-visite. J'ai pallié ce manque par un positionnement franc sur la chaussée (changement net de voie, orientation des roues dans le sens désiré, etc.). Parfois, en été, j'ai agité mon bras, de haut en bas, paume verticale, comme le préconise le Code de la Route de l'époque. Je n'ai jamais été percuté et les autres conducteurs ont plutôt eu une attitude de méfiance envers cet engin bizarre.

 

Il y a toujours des énervés qui doublent sauvagement : quelque soit le type de voiture, ils vous doubleront quand même. Conduire une Traction n'est pas un handicap. Bien sûr, votre voiture vous est chère. Ce n'est pas une raison pour tendre le dos. Persuadez-vous que :

- le conducteur lambda n'a aucune intention de vous percuter : lui aussi tient à son auto !

- la nature humaine a horreur du vide : comblez-le sinon il sera comblé à votre place. C'est souvent là qu'a lieu l'accident : "je voulais m'engager mais j'ai hésité et l'autre a cru que je ne m'engagerais pas, or je me suis finalement engagé... et lui aussi".

 

Pour mieux vous voir, le conducteur lambda pourra être dangereux pour les autres. C'est surtout du côté des piétons et des vélos qu'il faudra faire preuve de prudence. TOUJOURS savoir où l'on se trouve sur la chaussée et par qui l'on est entouré et suivi. La route, ce n'est que de la gestion d'espace. Trop près = danger.

 

 

III) Entretenir :

Le nettoyage carrosserie :

Ne nettoyez jamais votre carrosserie à sec sauf si elle a reçu un traitement de surface (de type crème d'entretien au téflon par exemple). Dans ce cas - si la carrosserie n'est pas boueuse - un coup de "Nénette" lui rendra son brillant. Sinon le lavage s'effectue à grande eau : un passage d'éponge = un rinçage d'éponge. On évite de faire toute la voiture avec la même éponge. Les bas de caisse seront passés avec une vieille éponge. Gardez une 3ème éponge pour les jantes souvent noires de poussière des freins. Pas de mouvements circulaires qui créent des micros rayures mais toujours dans le sens de la carrosserie sur 30 ou 40 cm pas plus. L'appui doit être modéré. Je préconise un shampoing au liquide vaisselle qui dégraisse bien puis rinçage à l'eau froide, enfin séchage à la peau de chamois. Préférez les vrais peaux et non les toiles synthétiques. Je n'emmènerai jamais une Traction au lavage automatique haute pression. A quoi sert de posséder un véhicule ancien aux courbes si sensuelles si c'est pour la laisser caresser par une machine ?

 

Je gratte les traces d'insectes à l'ongle. Idéalement dur et souple, il ne raye pas la peinture. Les chromes seront frottés à la laine d'acier. Miraculeusement les auréoles de rouille disparaissent. On peut également nettoyer les parebrises avec ce matériau si on ne dispose pas de produit pour vitres. J'huile mes serrures.

 

Faire briller ses pneumatiques :

Les cires, cirages et autres produits gras (qui rappellent l'armée) sont à proscrire pour éviter un vieillissement prématuré de la gomme. La société Michelin préconise un seul produit (que personne ne mentionne jamais) pour ses pneumatiques en exposition dans les salons : il s'agit du Gum-clean de chez Maxolen. Ce produit, à passer avec un chiffon, agit chimiquement avec le caoutchouc, nettoie toutes traces et fait briller les flancs sans dégrader l'adhérence. Je l'ai testé avec efficacité.

 

Par un ami, j'ai découvert également ce produit :

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Les rituels :

Il est de bon ton de signaler son tractionnisme, c'est-à-dire son intérêt pour sa voiture favorite par l'adoption de signes de reconnaissance.

 

- l'ouverture du capot moteur se fait toujours dans le sens de dégraffage suivant : à l'ouverture, poignée arrière puis poignée avant / à la fermeture, poignée avant puis poignée arrière.

- la poignée de porte passager seule à comporter une serrure, tourne folle une fois verrouillée. Un tractionniste dirige toujours la poignée vers le bas pour signifier ce verrouillage.

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Graissage :

Cette partie fait l'objet d'un chapitre pages 148 à 152 du Guide Traction tome 1. Pour l'instant je n'y reviens pas.

 

 

IV) Connaître :

Personne ne vous demande de connaître par coeur le Dictionnaire des Pièces Détachées, millésime par millésime. Bien connaitre sa voiture est déjà une bonne base, du moins la philosophie de la Traction Avant par Citroën.

 

Assurez-vous que les fondamentaux de cette voiture sont respectés. Que cela fonctionne est prioritaire sur la teinte de peinture. Ci-dessous une petite liste non exhaustive de vérifications :

 

- un train avant bien réglé (ouverture des roues, angle de chasse, inclinaison des pivots, divers jeux, etc.)

- essieu par essieu, un différentiel de poids entre chaque roue n'excédant pas 30kg (nécessite de peser chaque roue).

- une garde au sol réglée selon les préconisations de l'usine (combien de Traction sont trop hautes ou trop basses)

- un bon réglage du faisceau des phares

 

L'équilibrage des roues :

On lit parfois qu'en absence de vibrations constatées, il est inutile d'équilibrer les roues d'une Traction. Il est absolument indispensable de le faire ! Une roue se comporte comme un gyroscope : un mobile animé d'un poids en rotation soumis à des variations d'angle (direction) et verticales (trous et bosses de la chaussée). Ce mobile peut entrer en résonance. Une vibration peut ne pas être ressentie au volant lorsque créée par un déséquilibre de quelques grammes, elle est compensée par une autre vibration, annulée par un changement de direction ou un jeu à la direction : elle subsiste bel et bien fatiguant imperceptiblement roulements, cardans, amortisseurs.

 

 

V) Se dépanner :

Ce chapitre fait l'objet d'un article à part, accessible ici

 

 

VI) Autres données pratiques

Le nombre de places assises :

Parfois l'informatisation des cartes grises a modifié le nombre de places. Rappelons-les :

 

Jusqu'au 1er octobre 1934 :

Berline 7A, 7B, 7S (à moteur 11) : 4 places larges.

Autres carrosseries : voir ci-après

 

A partir du 1er octobre 1934 :

Berline 7 et 11AL-11BL (deux sièges séparés à l'AV et une banquette AR 3 places) : 5 places.
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Extrait du tarif n°44 du 1er octobre 1934

 

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Banquette AR. 11A 6 glaces 1934 : deux bandes séparant 3 places / 11BL 49 : 4 boutons séparant 3 places.

11A avec deux banquettes 3 places : 6 places
(en option : deux sièges séparés à l'avant + banquette : 5 places)

Limousine 6 glaces avec deux banquettes : 6 places
Familiale 6 glaces avec 2 sièges séparés AV, banquette AR et 3 strapontins : 8 places
Familiale 6 glaces avec strapontins et deux banquettes 3 places : 9 places
(encore aujourd'hui le nombre de places maximales assises autorisées avec un permis B est de 9)

Roadster ou Faux cabriolet 7 ou 11L avec coffre garni d'une assise = 2+2 places
Roadster/faux cabriolet avec coffre non garni mais deux strapontins = 2+2 places

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Roadster ou Faux cab 7 avec coffre non garni : 2 places
Roadster 11 avec coffre garni : 3+2 places

 

 

La suite de cet article est : la Traction et la loi

 

 

* le mot "strict" ne signifie pas un raidissement, il renvoie à une réalité mécanique objective (dénuée du subjectif, d'affect). Affect et mécanique font mauvais ménage.



29/09/2015
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