Le blog de Jérome COLLIGNON

Le blog de Jérome COLLIGNON

A propos de la vitesse

Préambule :

Je ne suis pas un fanatique de vitesse. Je préfère de beaucoup les paysages et les belles carrosseries plutôt que les moteurs puissants. Si je dispose d'un moteur puissant, je m'en sers de façon sinon modérée, du moins pour la sécurité. Je ne ferai donc pas ici l'éloge de la vitesse.

 

Mais déclarer que la vitesse est responsable de tous nos maux routiers commence à m’agacer. Notamment cet obscur organisme appelé « Ligue contre la violence routière » qui sans légitimité affichée (combien d'adhérents au plan national ?) est convoqué à chaque débat faisant montre de positions qui ne brillent pas par leur ouverture et qui, portées à l’outrance, décrédibilise le propos. J'ai jugé temps de dénoncer certains discours et de réfléchir sur quelques vérités.

 

La vitesse mais manifestement pas pour tous :

Il faut 6 heures pour faire Paris / New York en avion, 3 heures de Paris à Marseille en TGV, 2 jours pour une lettre dans toute la France, 1 à 5 minutes pour un message par mail partout dans le monde et un quart de seconde pour un fax ou un appel. On augmente la vitesse commerciale des avions, on accélère le TGV (575km/h), on livre en 24H chrono, on promeut l’installation du haut débit sur Internet, on s’extasie lorsque le bouclage du Tour du monde à la voile a gagné quelques jours, on applaudit aux performances des marathoniens et… plus d’un siècle après avoir roulé pour la première fois à 100km/h (1898), nous roulons toujours à 90km/h sur les routes nationales soit une moyenne d’environ 60km/h en comptant les traversées de villages. On met donc toujours 1 minute pour faire 1 kilomètre en voiture ou moto. Une Traction de 1934 sait faire cela. Je demande alors : où est le progrès ?? S’il faut plus d’une heure pour faire 100km, ne vaut-il pas mieux rester chez soi ? Il y a là comme un hiatus.

 

Premières vérités sur la vitesse :

Je suis bien désolé d'annoncer à tous que la première cause d'accident n'est nullement la vitesse. Pour qu'il y ait accident, il faut nécessairement qu'il advienne une collision, nous sommes tous d'accord.

Tentez de rouler à 30km/h dans le parking d'une concession de véhicules d'occasions serrés rétroviseurs contre rétroviseurs et je ne donne pas cher de votre carrosserie. D'ailleurs la plupart du temps, le vendeur vous dit : "vous voulez l'essayer ? Je vous la sors".

A contrario, tentez de rouler à 300km/h sur le Lac salé de Bonneville, vous n'avez aucune malchance de percuter un objet vu qu'il n'y a rien d'autre qu'une étendue de sel.

 

Première conclusion simple et basique : l'accident est causé non pas par la vitesse mais par un manque d'espace, un espace qui se réduit jusqu'au choc. Comme c'est curieux, personne n'en parle jamais...

 

Plus fort : mettez deux véhicules l'un derrière l'autre distants de 5 mètres et faites les rouler à la même vitesse stabilisée. Quelque soit la vitesse, 30 ou 300km/h, ils ne se percuteront jamais.

 

Deuxième conclusion : l'accident survient lors d'une vitesse relative positive. Deux véhicules dans le même sens, l'un est à 60km/h tandis que l'autre est à 90km/h. Différence et force de l'impact : 30km/h. Lorsque les deux véhicules arrivent face à face, les vitesse s'ajoutent.

 

Cela est si vrai que la Sécurité Routière n'insiste jamais sur ce chiffre : l'autoroute et ses vitesses proches de 130km/h provoque "seulement" 5% des tués. Tiens donc. Et pourquoi pas 95% des tués vu ces hautes vitesses ?

 

Voilà qui élargit considérablement le débat et le rend moins manichéen qu'il n'y paraissait au départ. Car alors surgissent différents thèmes : la maitrise des distances de sécurité, l'état du véhicule (perte d'une roue à 300km/h sur le Lac Salé par exemple), l'état de la route, l'adaptabilité du conducteur. Pour moi, le radar fixe ou embarqué n'est donc pas la réponse objective souhaitable pour réduire le nombre de tués sur la route. C'est une réponse subjective, nous allons voir pourquoi.

 

La vitesse et quoi d’autre ?

La vitesse est certes un facteur aggravant lorsqu’elle est associée à d’autres facteurs : une conduite inappropriée aux conditions de circulation, une conduite sous l’emprise de l’alcool (30% des tués). Elle réduit évidemment l'espace et donc les distances de sécurité. Quant à l’état technique des véhicules, il a été amélioré grâce à l’apparition du contrôle technique régulier, qui, outre créer des emplois, n’est ni plus ni moins qu’un dirigisme d’état, sensé suppléer la négligence des conducteurs. Une automobile s’use et s’entretient mais qui y pense ? Qui pense à vérifier régulièrement la pression de ses pneumatiques, à tirer sa jauge d’huile, à vérifier le niveau d’eau ou l’éclairage des phares ? Les voitures trop anciennes sont détenues par des gens sans grands moyens, nous dit-on. Voilà pourquoi en plus de les obliger à faire des travaux, on leur ajoute 65 euros de vignette CT supplémentaire. Pourquoi les constructeurs n’ont-ils pas automatisé plus tôt ces contrôles sur les voitures ? Chez Citroën, on connaissait déjà le témoin d’usure de plaquette de frein. Aujourd’hui une alarme indique que les ceintures ne sont pas bouclées. Pourquoi ne pas coupler l’éthylotest avec le démarrage de la voiture ? Pourquoi ne pas doter les véhicules de boîtes noires comme sur les avions (lesquels constituent le mode de transport le plus sûr et en sont néanmoins dotés) ? Pourquoi ne pas installer des alertes de distances de sécurité ? Autant d’incohérences cachées derrière ce seul facteur facile à contrôler : la vitesse.

 

Le radar est actuellement la réponse des pouvoirs publics pour diminuer la vitesse. Les statistiques montrent que depuis leur installation, la vitesse moyenne a diminué mais que paradoxalement les procès verbaux sont en augmentation. Comment traduire cette situation ? L'on sait d'une part que les automobilistes ont tendance à ralentir à l'approche d'un panneau signalant un radar automatique puis à ré-accélérer ensuite. Le radar est donc vécu comme une borne à franchir et non comme un élément de sécurité puisque les habitudes reprennent une fois l'obstacle franchi. Cela étant la multiplication des radars a rendu l'automobiliste méfiant et a globalement modifié son comportement d'autant plus si la portion de route parcourue est inconnue. Voilà selon nous à quoi sert le radar : contraindre (financièrement) à changer de comportement, c'est-à-dire un impact subjectif. La problématique de la vitesse comme élément dangereux ne nous parait nullement traitée dans ce type de mesure. 

 

Mais examinons les slogans de la Sécurité Routière.

 

La Sécurité Routière :

Lors d’un salon de véhicules anciens, j’ai récupéré deux livrets "Prudence Mag" (n°17 et Hors Série) édités début 2010 par les Assurances Allianz en partenariat avec la Sécurité Routière et je vous propose la réflexion suivante.

Allianz red.jpg

 

L’argument de la sécurité routière était à cette époque « sur 100km, rouler à 100km/h au lieu de 90 ne fait gagner que 6 minutes ». Le gain est identique en roulant à 150km/h au lieu de 130km/h sur 100km d'autoroute. Arguments frappants et incontestables. Mais c’est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette. Il est évident que ce gain de temps est dérisoire. La problématique n’est pas là. Pourquoi les automobilistes dépassent-ils les limitations ? Telle est la vraie question à se poser – que personne ne se pose - ce qui évite d’y répondre. La priorité de l’automobiliste, c’est le temps passé au volant. Tant que l’Etat ne s’intéressera pas à cette question, les conducteurs modifieront leur comportement à proximité des radars, avec un double sentiment, celui d'être assisté et contraint (contrôlé) mais ils ne modifieront pas leur approche de la vitesse. Puisque la Sécurité Routière en fait l’un de ses arguments, j’ai jugé bon de faire paraître l’intégralité du fameux tableau des moyennes et des gains de temps (chacun peut l’établir chez lui).

 

A suivre...



23/10/2013
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