Le blog de Jérome COLLIGNON

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Je la tiens dans ma main. Je ne sais pas où elle est a été fabriquée mais je sais où elle a été estampillée. Stalag 1B Hohenstein (aujourd’hui Olsztynek - Pologne). Elle a 72 ans. Toute une vie. Mon nom est dessus. Je sais qui l’a porté. Mon grand-père a vécu dans ce camp, dans le baraquement des intellectuels, a souffert du froid, de la faim, recevait sa ration de soupe claire, de sel ou de sucre, a travaillé durement dans les champs. Coucher au chaud dans de la paille était un luxe. Et encore il aurait pu travailler en fonderie, fabriquer des coques de chars ou des fusées V1. Beaucoup y sont restés. Je pourrais décider d’oublier et aller de l’avant mais c’est impossible.

 

Avec cette plaque, la guerre se matérialise dans ma main. Tout à l’heure, je vais sortir dans la rue, humer l’air, le soleil et même la pluie. Libre. Français. Je le dois aux hommes qui ont résisté et aussi à ceux qui ont été faits prisonniers. Même contraint par l’ordre, je sais que j’aurais fait comme eux. J’aurais brandi un fusil et j’aurais essayé de résister contre l’envahisseur. Loi immuable. Car comme une idée, la notion de patrie, immatérielle, me dépasse comme le nombre dépasse l’unité. Elle regroupe l’adhésion à un drapeau derrière lequel se cachent un art de vivre, des terroirs, des vallons, des villages, des accents, des noms fleuris, des usages et des coutumes, une langue, une histoire, un pays. Certains feraient bien de s’en souvenir et de le préserver.

 

14 juin 1987. Voici 25 ans que je l’ai interrogé, remercié et conservé sa voix. Sa réponse pudique : ah, bah tu parles, c’était pas du beau…

 

 

Rédigé en juin 2012



28/04/2013
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