Le blog de Jérome COLLIGNON

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2015/07/01 : Les 80 ans de la disparition du Patron

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Je roule vers Paris, ravi d'assister à cette commémoration. Il fait très chaud : température exceptionnelle au tableau de bord. Place Clichy, le chiffre frôle les 43°C. Bientôt les palmiers et la culture de fruits exotiques dans le Pas de Calais ?

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Je renoue avec la circulation parisienne, ses bouchons, sa gestion de l'espace. Elle n'est pas si chaotique qu'on croit – c'est parfois même un étrange ballet - mais il faut rester attentif aux piétons qui traversent au vert, aux stationnements en double file, aux couloirs de bus tentateurs, aux motos qui slaloment et aux parisiennes stylées qui attirent le regard. Je stationne non loin des rues Laffitte et Châteaudun, premières adresses de la famille Citroën avant 1914 et du lycée Condorcet fréquenté par André Citroën. Derrière une porte cochère gardée, s'ouvre la cour de la mairie. Six modèles de la Traction Universelle rendent hommage à 1935 dont une 7C de l'année, rutilante. Des panneaux retracent la vie du Patron.

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Il est 19h10, la conférence ayant commencé, je mitraille à la sauvette et rejoint discrètement la salle du conseil. Nous en sommes aux présentations. Il fait à peu près bon dans la salle, de l'eau fraîche est proposée. Pendant 40 minutes, je revois le film Autopolis et retrouve ce détail passé inaperçu de tous, une mystérieuse inscription sur le capot d'une voiture. Vous serez sans doute plus perspicaces que moi :

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Inscription à la craie grasse de carrossier : "Ripuleria ou Ripolaire" ?

 

Alain Rustenholz prend le micro pour annoncer une projection sonorisée par Jacques Prévert. Ce film de combat syndical appelant à la grève dénonce le goût de Citroën pour les chiffres, les millions et son désintéressement pour le sort de ses ouvriers. M. de Saint Sauveur, son petit-fils, quitte alors la salle… ayant sans doute d'autres engagements.

 

Le conférencier présente les dures conditions de travail à l'usine, le bruit, l'absence de protection sur les machines, l'exploitation humaine, lit un extrait d'ouvrage d'un ouvrier embauché découvrant la réalité brutale de la chaîne de montage. Il nous relate la naissance d'André Citroën dans la partie bourgeoise du quartier, l'entrée dans une école payante, ses relations, son goût pour la légèreté, le plaisir et le jeu employant le qualificatif de flambeur dans l'achat régulier de machines neuves. Il revient ensuite sur les conditions des ouvriers et principalement la grève de 1933 précisant qu'aucune grève n'a jamais été gagnée à Javel, que les DRH de Javel étant des colonels d'armée (MM Landry puis Fontana), ceci explique cela, et que la firme était dirigée par un patron autoritaire.

 

Marc-André Biehler du Patrimoine Citroën quitte la conférence avant la fin. Un spectateur fait ce qu'il ne faut pas faire : ouvrir une fenêtre pour créer un courant d'air. L'air chaud entre alors par vagues.

 

Après 45 minutes d'exposé, succèdent des applaudissements polis. Les collectionneurs quittent la salle pour discuter ou retrouver leurs chères Tractions. Nous assistons au départ de trois d'entre elles. La familiale de Jacques en 12 volts démarre au quart. Une berline (en 6 volts ?) a quelques difficultés : son propriétaire nous explique que la pose d'un allumage électronique a aggravé le dysfonctionnement. La berline 11B bleue ayant cassé son démarreur, son propriétaire opère un parfait démarrage à la manivelle, les pouces rentrés (comme je le précise page 128 de mon Guide) : le moteur s'ébroue sur la seconde compression.

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Quelques unes des autos présentes

En quittant le 9ème, je réfléchis que contrairement à ce conférencier partial, je n'oppose pas combat syndical et capitalisme industriel. Les deux m'intéressent sous la seule bannière de l'Histoire, c'est-à-dire de la connaissance, sans regret ni nostalgie mais plutôt dans l'admiration du travail fourni de part et d'autre. On ne peut pas réfléchir à 1935 avec des critères de 2015. Je revois les pages de Sylvie Schweitzer "Des Engrenages à la chaîne" que l'intervenant n'a manifestement pas lu. L'auteure explique (références à l'appui) que les conditions de travail étaient meilleures chez Citroën et les grèves moins soutenues. La comparaison n'a donc pas été menée. Que dire de la "tyrannie" de Citroën qui descend négocier directement avec le piquet de grève ? Les usines Citroën étaient les plus modernes… de leur époque bien sûr. La soudure électrique annonçait l'automatisation en supprimant les efforts de la soudure point par point. L'intervenant a passé sous silence les équipements sociaux pendant la Grande Guerre. Avant 1914 les ouvriers étaient payés à la pièce fabriquée. Citroën a été l'un des premiers à instaurer la paie à l'heure garantissant un salaire décent pour tous. Taylorisme et productivité constituant un piège pour la classe ouvrière ? Au fil du temps, sans doute. Travail d'historien objectif croisant les données ? Assurément pas.

 

Je songe à cet anniversaire décevant qui s'apparente à un second enterrement 80 ans après celui de 1935… mais en seconde classe. Merci à vous, messieurs les tractionnistes, pour votre engagement et votre retour dans la circulation parisienne par 37°C. Je ne veux retenir que votre présence, moment de grâce dans la dureté des temps.

 

La Traction est immortelle.



03/07/2015
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